Au festival de photojournalisme de Perpignan, l’actualité est autant dans les images que dans la rue

Des milliers de partisans de la Ligue nationale pour la démocratie manifestent. Certains exhortent les policiers à rejoindre leur mouvement. Rangoun, Birmanie, 6 février 2021. Des images réalisées par un photographe birman resté anonyme.

Samedi 4 septembre, à Perpignan, deux mondes se faisaient face sans se comprendre. D’un côté, dans la rue, les centaines de manifestants opposés au passe sanitaire et à la vaccination, vouant aux gémonies les « journalistes corrompus » et les médias « virus », de l’autre les festivaliers de Visa pour l’image, célébrant les photoreporters et leurs enquêtes autour des ravages du coronavirus en Inde ou en Ouganda. Un dialogue de sourds qui semblait donner raison aux images du photographe Guillaume Herbaut, qui décrit dans son exposition « La Ve » les fractures profondes de la France actuelle.

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Mais la pandémie n’était pas le seul sujet politique « chaud » du festival : le retour au pouvoir des extrémistes talibans en Afghanistan a occupé tous les esprits. Il a donné l’occasion au maire RN de la ville, Louis Aliot, dans son discours d’ouverture, d’appeler opportunément à lutter contre l’islamisme et à la défense des valeurs républicaines. L’élection d’un maire du Rassemblement national en 2020 ne semble pas avoir eu d’effet sur le festival, qui continue comme si de rien n’était à fustiger les populismes et à aligner ses images empathiques montrant des migrants éthiopiens désespérés qui fuient les conflits du Tigré en Ethiopie ou des réfugiés syriens qui échouent sans espoir sur l’île surpeuplée de Lesbos en Grèce. « J’ai une ligne à laquelle je n’ai jamais dérogé depuis trente-deux ans : aucune intervention, ni de la puissance publique, ni d’un sponsor privé, dans la programmation », martèle le directeur du festival, Jean-François Leroy, dont la structure privée Images Evidence a signé avec la municipalité un nouveau contrat de trois ans pour organiser le festival.

L’exode des migrants et réfugiés qui fuient le camp de Moria en flammes, sur l’île de Lesbos, en Grèce, le 9 septembre 2020.

Histoires cruelles de guerre

Pour cette 32e édition, le festival de photojournalisme a retrouvé un air de normalité avec la reprise des projections le soir au Campo Santo, des professionnels bien plus nombreux qu’en 2020 et un public qui retrouve le chemin des expositions – même s’il manquait les habituels visiteurs étrangers. « On a le même nombre d’expositions qu’avant, souligne le directeur, mais il y a beaucoup de photographes que nous n’avons pas pu faire venir en raison des règles qui varient d’un pays à l’autre : les quarantaines, les vaccins pas reconnus… Ça a été très très compliqué ». Le Palais des Congrès semblait bien vide aussi cette année pour cette semaine professionnelle, privé de son espace réservé aux agences de presse ou de la zone occupée par le sponsor Canon, en général très animée.

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