« Au lieu d’attendre que le monde change, on pouvait déjà changer de monde » : la permaculture ou le nouveau retour à la terre

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Publié aujourd’hui à 17h45

Ils étaient ingénieur, vendeuse, pilote d’hélicoptère ou éducatrice spécialisée. Il y a quelques mois ou quelques années encore, ils allaient au supermarché, prenaient le bus, buvaient l’eau du robinet et rendaient des comptes à leur patron. Avec, enfoui en eux, un sentiment de culpabilité diffuse, une impression de décalage entre ce quotidien et leurs aspirations morales. Tous ont opéré leur révolution personnelle après avoir rencontré une discipline pensée à l’autre bout du monde il y a plus de cinquante ans : la permaculture.

« En permaculture, il y a trois principes fondateurs : prendre soin des humains, prendre soin de la terre, partager équitablement les ressources. » Laura Centemeri, chargée de recherche au CNRS

Imaginé par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren dans les années 1970, cet ensemble de méthodes agricoles apprend aux néo-ruraux à faire pousser légumes, céréales et fruits sans nuire aux écosystèmes, et nourrit l’espoir de subvenir à nos besoins alimentaires sans passer par l’agriculture intensive.

Mais surtout, il s’accompagne d’une éthique censée nous aider à opérer une transition globale, en apprenant à vivre en harmonie avec les animaux et la nature. « En permaculture, il y a trois principes fondateurs : prendre soin des humains, prendre soin de la terre, partager équitablement les ressources », rappelle Laura Centemeri, chargée de recherche au CNRS et autrice de l’ouvrage La Permaculture ou l’art de réhabiter, paru en 2019 aux éditions Quae. « Cela touche à toutes les sphères de la vie : l’alimentation, mais aussi l’éducation des enfants, les relations entre les humains Beaucoup de formations à la permaculture proposent d’ailleurs des initiations à la communication non violente », précise la sociologue.

« Plus qu’une pratique, cela correspond à un imaginaire. C’est un choix qui permet de se positionner moralement dans la société, en opérant un mouvement de retrait du monde. » Anahid Roux-Rosier, doctorante en philosophie à l’Université Lyon-III

Alors que le sentiment d’impasse écologique se propage, la permaculture s’impose comme un guide de reconversion pour citoyens en quête de sens. « Elle séduit des centaines de Français de tous les âges, de tous les milieux. En adhérant à ses principes, ils choisissent de s’autonomiser et de recréer tout un mode de vie en accord avec leurs valeurs », explique Anahid Roux-Rosier, doctorante en philosophie à l’Université Lyon-III, dont les travaux de thèse portent sur les principes de la permaculture. Selon elle, « plus qu’une pratique, cela correspond à un imaginaire. C’est un choix qui permet de se positionner moralement dans la société, en opérant un mouvement de retrait du monde ».

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