Au Mans, dans l’abbaye royale de l’Epau, l’Europe du jazz résonne dans le dortoir des moines

Concert de Louis Sclavis, le 7 mai 2015, lors de l’Europajazz Festival à l’abbaye royale de l’Epau.

Mai 1980, première édition du Mans Jazz Festival, consacré à la scène française et européenne, sans pour autant s’interdire de recevoir des interprètes américains. Bientôt, le festival est rebaptisé « Europajazz ». En 1982, à l’abbaye royale de l’Epau, à la sortie est de la préfecture de la Sarthe, c’est l’année d’une autre première édition, celle du Festival de l’Epau voué à la musique classique. L’équipe de l’Europa, dirigée par Armand Meignan – et aujourd’hui par Charlotte Rivière –, adopte à son tour ce qui va devenir le lieu de référence du festival. Plus précisément, le dortoir des moines.

Sur son site Internet, l’abbaye détaille son histoire. Il faut remonter à février 1229, quand, à la demande de Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœur de Lion, l’abbaye est fondée. Elle est destinée à accueillir des moines de l’ordre des cisterciens. La reine meurt en décembre 1230. Elle y sera enterrée. Les moines commencent à s’installer, les travaux s’étendent sur des décennies. Les travaux de l’église abbatiale, dans laquelle ont lieu aujourd’hui certains des concerts du Festival de l’Epau, débutent en 1252. Les siècles passent, avec des épisodes de destruction et de reconstruction. L’église, les bâtiments deviennent des granges, des garages, pour l’armée allemande, durant l’Occupation… Le département de la Sarthe acquiert le domaine en 1959.

Plus bel élan d’inspiration

La beauté architecturale, les pelouses et arbres qui entourent les bâtiments suscitent l’apaisement. En arrivant avant les concerts de l’Europajazz, on peut voir les musiciennes et musiciens qui se détendent dans le parc, mettent au point un mouvement musical. De l’ancien dortoir des moines, accessible par une volée de marches de pierre usées, on entend les instruments lors des répétitions, la mise au point du son. L’entrée dans le dortoir impressionne, en particulier l’arrondi du plafond fait de lattes de bois, telle une coque de bateau. Le public ne peut qu’être attentif. Les interprètes sont le plus souvent à leur plus bel élan d’inspiration.

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L’Europa y propose, durant plusieurs jours, un état des lieux pertinent de l’activité d’une nation. Les Pays-Bas en 1983, avec Misha Mengelberg, Han Bennink, Willem Breuker et Ernst Reijseger. L’année suivante, c’est la Pologne, méconnue. Le festival est fidèle à des artistes : Evan Parker, John Surman (Angleterre), Joachim Kühn, Peter Brötzmann, Günter Sommer (Allemagne), Fred Van Hove (Belgique), Irène Schweizer, Daniel Humair (Suisse)… Côté français, Joelle Léandre, Henri Texier, Louis Sclavis, Claude Barthélemy, parmi d’autres, y sont en tête d’affiche.

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