Au Printemps de septembre, Jean-Claude Silbermann fait parler les pierres

Prairie des filtres, au bord de la Garonne, à Toulouse.

Avec une constance lassante, catalogues et notices présentent Jean-Claude Silbermann comme « l’un des derniers surréalistes vivants ». C’est vrai, puisque, né en 1935 dans une famille qui cessa vite de lui convenir et qu’il quitta vers 20 ans, il rejoignit le groupe surréaliste autour d’André Breton et participa à ses activités et revues jusqu’à sa dispersion, en 1969. C’est réducteur parce que, depuis lors, soit un demi-siècle, Silbermann a continué à multiplier les expériences créatrices en solitaire. Il est poète et ses Poésies presque complètes (1959-2020) ont paru cet été, aux éditions Le Grand Tamanoir. Il est un dessinateur à l’encre très singulier, inventeur de mythologies érotiques ou inquiétantes. Il donne aussi vie et couleurs à celles-ci en découpant des créatures et des objets dans de minces plaquettes de bois qu’il peint et dispose dans l’espace avec la minutie d’un moine enlumineur.

Au bord de la Garonne

Ce qu’il a imaginé cette fois est à la conjonction de la poésie et du dessin. Ce sera Au jardin des pierres parlantes, installation de plein air dans la Prairie des filtres, en bordure de la Garonne. Selon ses mots : « Je me suis proposé de graver de courtes formules sur des pierres, de telle sorte que l’avers et le revers de chacune d’elles se répondent – et de les cacher, ainsi que l’on fait des œufs en chocolat, dans les fourrés, buissons et recoins d’un jardin public de Toulouse. » Il y en aura vingt et une. Ce sont des cailloux ocre gris de taille moyenne plutôt plats. On y lit sur chaque face des inscriptions, si l’on peut dire manuscrites, qui se répondent d’une face à l’autre. Il y en a qui portent à rêver : « Ce bruit de pas dans la neige/qui calme l’océan ? » Ou à rire : « Devant la chaise pliante/l’ours a dévoré le saltimbanque. » Il y a des calembours dans le genre de ceux qu’affectionnait Rrose Sélavy : « L’effet des fées/l’éléphant le fait. » Et de plus graves : « Aiguilles d’horloge/poignards du temps. » Ou encore : « Plus mon cœur s’allège/plus je vais haut dans l’arbre. » Et il y a cet aphorisme, si juste : « L’art tient bon par/ses fissures. »

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Ces « pierres parlantes » font penser aux galets peints de signes de la préhistoire comme aux dalles à mantras des montagnes tibétaines, ou aux inscriptions funéraires et religieuses gravées dans la pierre par tant de cultures, anciennes ou vivantes. Dans un registre moins sérieux, elles rappellent évidemment les cailloux du Petit Poucet et bien des histoires de chasses au trésor. C’est en effet de cela qu’il s’agit aussi puisque, comme le précise Silbermann, « elles sont à qui les trouve ».

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