Au Printemps des comédiens, Cyril Teste réinvente « La Mouette »

La mouette le 25 novembre 2020 à Bonlieu, Scène national d'Annecy. de gauche a droite Xavier Maly et Mathias Labelle

Que d’émotion, que d’émotions… Jeudi 10 juin au soir, sous les arbres du Domaine d’O, le magnifique parc qui abrite le Printemps des comédiens de Montpellier, le cœur y était. D’abord de voir renaître ce festival devenu en quelques années un rendez-vous indispensable des amoureux de théâtre, après son annulation, en 2020, pour cause de Covid-19. Mais la joie y était, aussi, côté salle comme côté scène, avec le spectacle d’ouverture : La Mouette, de Tchekhov, réinventée par le metteur en scène Cyril Teste, entre sensibilité à fleur de peau et audace formelle.

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C’est une Mouette comme on ne l’a jamais vue, ce qui n’est pas rien, pour une pièce qui est une des plus jouées de par le monde, depuis le milieu du XXe siècle. La Mouette, c’est le Hamlet de Tchekhov, un de ces chefs-d’œuvre, rares, où le théâtre se confronte à sa capacité à toucher le cœur de l’expérience humaine : la vanité de la vie à laquelle on s’accroche pourtant furieusement, la cruauté de l’amour, y compris de l’amour parental, la jalousie, la mort, le désir œdipien et le désir d’art, fou, absolu, comme seul horizon permettant de transgresser la médiocrité.

La différence entre Hamlet et La Mouette, c’est que Tchekhov décape toute grandiloquence à l’abordage de ces questions massives, pour les nicher dans la banalité de vies qui ressemblent aux nôtres. Cette transparence qui est le très grand art de Tchekhov, Cyril Teste en trouve un équivalent, avec la forme de théâtre-cinéma qu’il a inventée et peaufinée au fil des spectacles, et qu’il appelle la « performance filmique ».

Force nouvelle

Le metteur en scène retrouve toute sa fraîcheur et sa liberté d’action, après l’expérience, hasardeuse, de la création d’Opening Night, d’après le film de Cassavetes, avec Isabelle Adjani, en 2019. Point de stars ici, mais un ensemble d’acteurs peu connus, qui sans esbroufe partent à la rencontre, à vue, de leurs personnages et de ce qu’ils leur racontent. On est à la campagne, en Russie mais n’importe où de par le monde dans la douceur d’un soir d’été, au bord d’un lac où se reflète l’ombre des sapins.

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Le jeune Treplev s’apprête à faire interpréter par Nina, une jeune fille des environs dont il est amoureux, un texte qu’il a écrit. « Il nous faut des formes nouvelles ! », clame-t-il. Dans l’auditoire, il y a Arkadina, sa mère, qui est actrice, et le compagnon de celle-ci, Trigorine, un écrivain célèbre. Et puis les voisins de la campagne, notamment Macha, une jeune femme toujours vêtue de noir, parce qu’elle « porte le deuil de [s]a vie ».

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