Au procès des attentats du 13-Novembre, la colère sans limite d’un père

Patrick Jardin, au Touquet, en 2018.

Il ne faut pas se fier aux chemises roses qu’il aime porter. Patrick Jardin est un homme en colère. Partie civile dans le procès des attentats du 13-Novembre, le père de Nathalie, 31 ans, tuée au Bataclan, viendra à la barre pour « cracher sa haine », comme il dit, le 26 octobre. A rebours de la plupart des parties civiles, dont la douleur ne déborde pas dans le champ politique, l’insondable tristesse de Patrick Jardin alimente un militantisme d’extrême droite ancien et virulent. Et nul ne sait si ce père dévasté sera capable, à la barre, de contenir la rage qui l’anime.

Voilà six ans désormais qu’il agit en marge des associations de victimes, de leurs porte-parole frappés selon lui du « syndrome de Stockholm » : « Ils n’ont, contrairement à moi, aucune haine. Pour moi, c’est incompréhensible et parfois je me surprends à me demander si je suis normal ou si ce sont eux qui ne le sont pas. »

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Il vise particulièrement Georges Salines, qui dirige l’association 13onze15, ce père de victime qui a écrit un livre avec Azdyne Amimour (Il nous reste les mots, Robert Laffont, 2020), le père de l’un des tueurs du Bataclan. « Ça me dégoûte de les voir se prosterner comme ça. Moi, je suis incapable de pardon, et je refuse de baisser la tête », insiste-t-il, attablé à une terrasse du sud de la France, où il passe aujourd’hui une partie de son temps. Sous le coup de la colère, il envoie régulièrement des lettres d’insultes aux associations de victimes.

Du concert de Médine à Christchurch

Patrick Jardin, 68 ans, vendeur de voitures à la retraite originaire du nord de la France, veuf depuis quinze ans, est fiché S depuis juin 2018. Son nom était alors apparu dans l’entourage d’un groupuscule d’ultra-droite, l’Action des forces opérationnelles (AFO), dont les membres projetaient d’empoisonner de la nourriture halal dans les rayons de supermarchés.

Alors qu’il militait en octobre 2018 contre le concert du rappeur Médine au Bataclan qui sera finalement déplacé au Zénith de Paris, divers mouvements réactionnaires avaient érigé le père de Nathalie en icône anti-islam, un rôle qu’il assume sans problème. Les souverainistes Nicolas Dupont-Aignan et Karim Ouchikh (du SIEL, Souveraineté, identité et libertés), les élus RN Philippe Vardon et Stéphane Ravier, l’écrivain Renaud Camus, l’un des théoriciens du « grand remplacement », ou Christine Tasin et Pierre Cassen, fondateurs de Riposte laïque, « tous des amis », se pressaient à ses côtés. « Pour empêcher ce concert indécent, on avait affrété des dizaines de cars via les réseaux patriotes. On était prêt à faire sauter le transfo électrique du Bataclan », se souvient-il.

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