Au programme du 32e Forum philo « Le Monde » Le Mans, les 6 et 7 novembre

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Depuis sa fondation, en 1989, le Forum philo Le Monde Le Mans demeure fidèle à une même vocation : conjuguer l’exigence de la réflexion et le débat citoyen pour penser une question de portée philosophique en résonance aussi bien avec l’actualité qu’avec nos préoccupations quotidiennes. Deux jours durant, des intellectuels, des scientifiques, des écrivains, des artistes… dialoguent dans un esprit de transmission et de pédagogie.

Entrée libre et gratuite. Palais des congrès et de la culture du Mans.

Samedi 6 novembre

9 h 30 Ouverture

  • LE « PROPRE » DE L’HOMME ?

10 heures Camille Froidevaux-Metterie, philosophe féministe

10 h 30 Raja Chatila, spécialiste de robotique, d’intelligence artificielle et d’éthique

11 heures Etienne Bimbenet, philosophe

11 h 30 Andrea Marcolongo, journaliste, essayiste

Midi Pause

12 h 15-12 h 45 Débat

  • ÉCRIRE, PENSER, CROIRE : RÉFLEXIONS SUR L’ART D’ÊTRE HUMAIN

15 heures Elisabeth Roudinesco, historienne

15 h 30 Donatien Grau, philologue

16 heures Dominique Avon, historien

16 h 30 Pause

16 h 45-17 h 30 Débat

20 h 30 Soirée cinéma. Projection de Tralala, le nouveau film d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, suivi d’un débat en présence de Jean-Marie Larrieu, animé par Malo Guislain et Aurore Mréjen

Dimanche 7 novembre

  • HÉRITER, SOURIRE, SURVIVRE : QUELQUES GESTES QUI FONT L’HUMANITÉ

10 heures Stéphane Breton, cinéaste, ethnologue

10 h 30 Patricia Lojkine, spécialiste des études littéraires

11 heures Marie-Françoise Sales, philosophe

11 h 30 Pause

11 h 45-12 h 45 Débat

  • ENTRE FRAGILITÉ ET DÉMESURE : POLITIQUES DE L’ÊTRE HUMAIN

15 heures Florence Aubenas, journaliste

15 h 30 Etienne Balibar, philosophe

16 heures Sandra Laugier, philosophe

16 h 30 Alain Caillé, sociologue

17 heures Pause

17 h 15-18 h 15 Débat

Florence Aubenas

Rester humain

Un reporter peut-il raconter des hommes et des femmes, leurs vies et leurs actions, sans les trahir ? Quelles relations sont acceptables entre un journaliste et ceux sur lesquels il écrit ? Où placer le curseur entre cautionner et dépeindre ? L’empathie est-elle toujours souhaitable ? Peut-on être humain quand on traite du réel ?

Dominique Avon

Naître et mourir selon un mode d’humanité : une histoire de religion et de liberté

Quelles sont les conceptions anthropologiques qui ont servi à justifier la séparation des corps de groupes de défunts ? L’être qui naît est-il d’abord le petit d’un milieu particulier ou bien un membre de la famille humaine ? Les deux questions sont historiquement liées. Les réponses qu’on peut leur donner éclairent l’importance de l’enjeu de la liberté. Cette liberté est devenue un droit quand des juristes se sont accordés sur un présupposé : ce qui est commun aux êtres humains doit primer sur ce qui les distingue.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Dominique Avon : « La commune humanité »

Etienne Balibar

Penser et repenser l’humanité comme espèce

Traditionnellement la notion d’« espèce humaine » désigne à la fois un ensemble auquel on peut « appartenir » individuellement et une idée qui possède un caractère normatif. La crise sanitaire mondiale (issue du « franchissement d’une barrière d’espèce ») et l’entrée dans l’anthropocène lui confèrent aujourd’hui une matérialité et une signification politique qu’elle n’avait jamais eues auparavant. Il est d’autant plus nécessaire de s’interroger sur son rapport très délicat avec celle de « différences » anthropologiques, ou de divisions de l’humanité en groupes plus ou moins exclusifs.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Etienne Balibar : « Notre espèce humaine »

Etienne Bimbenet

Décoller, atterrir. Sur une aporie contemporaine

Deux rêveries opposées enchantent depuis quelque temps notre rapport à l’humain : des rêveries de libération radicale ou au contraire d’enracinement naturel. L’homme se cherche aujourd’hui plus haut et plus bas que lui-même, entre le post-humain et le pré-humain, entre une apesanteur offerte technologiquement et une fusion animale, végétale voire animiste avec la nature. Comment est-ce possible ? Comment peut-on vouloir à la fois décoller et atterrir ? Et comment faire surtout pour que l’émancipation rationnelle ne s’oppose pas, mais au contraire stimule une nouvelle communauté des vivants ?

Stéphane Breton

Les morts, les vivants et les pas encore nés

L’humain est le seul être qui ne vive pas au singulier. Il n’est ce qu’il est que parce qu’il habite une maison qu’il a héritée sans l’avoir construite et où d’autres vivront après lui. Cette demeure commune, c’est celle des façons de penser et d’agir sans lesquelles il n’est rien, qu’il n’a pas inventées et qui lui échoient là où il est. On ne peut parler de lui que si l’on inclut tous les autres – les morts, les vivants et les pas encore nés. Sans cette histoire, cela n’existe pas, un humain, et c’est à ce compte que ce qui est universel en lui, c’est qu’à chaque fois il appartient à un monde local et particulier.

Alain Caillé

Respecter le cycle du don

Les humains savent aussi bien faire la bête qu’essayer de faire l’ange, c’est entendu. Mais quand font-ils preuve d’humanité ? A cela, deux réponses. Faire preuve d’humanité, c’est respecter le cycle du don, en sachant aussi bien demander que donner, recevoir et rendre. Mais c’est aussi, aujourd’hui surtout, contribuer à sauver l’humanité des multiples périls qui la menacent, écologiques, politiques, économiques, moraux. Aider à préserver une convivance universelle. Etre convivialiste, donc…

Raja Chatila

L’être humain est-il un robot comme les autres ?

« Les machines peuvent-elles penser ? » C’est avec cette question et son « jeu de l’imitation » qu’Alan Turing, inventeur de la machine de Turing universelle – modèle théorique de l’ordinateur –, a introduit il y a soixante-dix ans un débat qui se poursuit maintenant autour de l’intelligence artificielle. Cette question met en cause l’une des caractéristiques de l’être humain, la pensée, et l’ordinateur semble être en train de gagner la partie. Vraiment ?

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Raja Chatila : « Penser n’est pas calculer »

Camille Froidevaux-Metterie

Etre humaine

Longtemps, les femmes n’ont pas été des hommes comme les autres. Assignées à leurs fonctions sexuelle et maternelle, elles se sont vu dénier le statut même d’être humain. La révolution féministe a fait advenir « l’être humaine », qui tient ensemble l’abstraction juridique des droits et l’expérience vécue d’un corps dont toutes les dimensions doivent être saisies au prisme du choix et de la liberté.

Donatien Grau

Quelles humanités pour notre humanité ?

Destinées à faire de leur disciple un être humain accompli, les humanités ont dominé la pensée et l’éducation occidentales. Aujourd’hui, elles semblent soit s’accrocher à leur conception la plus étroite soit être perdues face à un discours, des idées qui remettent en cause leurs soubassements civilisationnels. Il conviendra ici d’offrir quelques perspectives pour les préserver, et les repenser : que peuvent-elles bien être et qu’en reste-t-il, quand leurs deux principes, la centralité de l’être humain et la primauté absolue de Jérusalem, d’Athènes et de Rome ne sont plus de mise ?

Sandra Laugier

Humains et dépendances en temps de Covid

La pandémie semble avoir réuni les humains dans une même vulnérabilité. Et, pourtant, elle a révélé des inégalités fondamentales dans la façon dont la maladie atteint et reformate les vies ; celles des privilégiés dans la crise, qu’ils traversent à l’aide des services d’autrui ; celles des caregivers, soignants, personnels d’aide à domicile, chauffeurs et livreurs. En France, la mortalité par Covid a été deux fois plus élevée pour les personnes nées à l’étranger, surreprésentées dans les professions de care, que pour celles nées en France. Quelle vulnérabilité commune quand une part de l’humanité est massivement mobilisée et exposée pour prendre soin des autres ?

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Sandra Laugier : « La vulnérabilité définit l’humanité même »

Patricia Lojkine

Etre humain malgré la faim ? Le témoignage de Jean de Léry au XVIe siècle

Bien avant le plan famine nazi et l’interminable siège de Leningrad, bien avant l’affamement des ghettos polonais, la « famine extrême » a été utilisée comme arme de guerre dans la France du XVIe siècle. Le protestant Jean de Léry en livre un témoignage bouleversant à la suite de la Saint-Barthélemy : est-ce la faute des Sancerrois assiégés s’ils se livrent à des comportements « dénaturés » ? Vingt ans plus tôt déjà, jeune missionnaire de retour d’Amérique, Léry avait vécu en mer une éprouvante expérience où l’obsession de nourriture se mêlait aux souvenirs des tribus anthropophages récemment côtoyées. Ses observations d’une bascule dans l’infra-humain n’ont pas pris une ride.

Andrea Marcolongo

Le héros humain. Enée et l’art de résister

Ulysse, Hector, Achille et les autres : les héros du mythe classique ont une dimension épique qui les éloigne de la nature humaine. Cependant, il en est un parmi eux qui est plus humain que jamais : Enée, le protagoniste de l’Enéide de Virgile, qui s’éloigne des ruines de son pays, son père sur le dos et son fils accroché à sa main. Il nous offre une saisissante leçon d’humanité.

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Elisabeth Roudinesco

Naître humain, devenir humain : passages et frontières

On naît humain et on le devient, que l’on soit femme ou homme. On ne doit pas opposer le sexe (inné) au genre (construit), ni la différence à l’universel, ni revendiquer la moindre appartenance à une « race », sous peine de favoriser une guerre civile entre deux extrémismes identitaires. Personne ne doit être assigné à résidence. Etre humain, c’est être déterminé à la fois par un ancrage biologique, une vie sociale et une structure psychique.

Marie-Françoise Sales Delachambre

Penser l’humain à partir du sourire

Il est difficile de concevoir que ce qui constitue notre humanité soit réductible à un sourire. Pourtant le sourire, avec toutes ses nuances, accompagne nos vies humaines. Il est la manifestation et le signe des multiples dimensions de notre humanité. Bien plus, il peut être l’occasion de saisir ce je-ne-sais-quoi qui échappe aux déterminismes. Il laisse alors entrevoir la possibilité d’une société humaine différente, plus attentive à l’esprit et à la liberté.

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Parution

Les actes du 31e Forum philo

« L’Identité, pour quoi faire ? », sous la direction de Jean Birnbaum, Folio, « Essais », inédit, 232 p., 7,50 €, numérique 7,50 €.

L’identité « ne se manifeste que lorsqu’elle pose problème », note dans sa contribution la sociologue Nathalie Heinich ; « pas d’identité sans crise d’identité ». De cette crise, les treize textes qui composent les actes du 31e Forum philo Le Monde Le Mans dressent un tableau en éclats. Dialectique entre individualisme et culture de l’individualité (Claude Romano), nécessité de « désagréger » les identités culturelles (Magali Bessone) ou de les élargir à l’échelle d’une « conscience planétaire » (Achille Mbembe), recherche d’une « identité excentrique » (Rémi Brague), d’une « identité d’élection » (Carlo Ossola), d’un « je » capable de « désobéir » au « nous » (Clotilde Leguil) ou de « la part de soi qui n’est pas soi » (Alain Finkielkraut) : il n’y a d’identité que questionnée, dans le pluralisme et le désaccord, au cœur de cette conversation infinie dont le Forum philo demeure, après trois décennies, une vivante agora.

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Evénement organisé par Le Monde, la ville du Mans, l’université du Maine et l’Association des amis du Forum philo Le Monde Le Mans, en partenariat avec France Bleu Maine.

Renseignements : LeMonde.fr/livres et 02.43.47.38.60.

Le Forum philo est animé par Jean Birnbaum, responsable du « Monde des livres ».

Le Monde des Livres