Aurélien Taché : « Emmanuel Macron a tourné la page du progressisme et de l’émancipation »

Tribune. Le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Clément Beaune a accordé le 23 août un entretien au journal Le Monde, pour expliquer que, dans le cadre de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron devrait incarner en 2022, « le camp de la République et de la raison ».

Dans son édition datée du mercredi 25 août, le quotidien du soir consacrait sa « une » et trois pages au nouvel ouvrage de Pierre Rosanvallon, Les Epreuves de la vie (Seuil, 19 euros, 224 pages), invitant même plusieurs prétendants à l’Elysée [Anne Hildalgo, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg et Valérie Pecresse] à livrer leurs impressions sur cet ouvrage qui fera date.

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Quel contraste saisissant… Pour ceux qui en doutaient encore, il est désormais très clair qu’avec cet entretien [de Clément Beaune], Emmanuel Macron a tourné la page du progressisme et de l’émancipation.

Un grand bond en arrière

Alors que Pierre Rosanvallon, qui est le penseur français contemporain qui a le plus étudié en profondeur ces deux notions, nous démontre qu’il faudra, pour rebâtir une politique sur ces fondements, davantage s’appuyer sur le vécu, le ressenti, les émotions des Français, Clément Beaune fait faire à la France, un grand bond en arrière de vingt-six ans. En remettant au goût du jour les propos d’Alain Minc, dans un entretien accordé aux Echos du 6 mai 1995, sur un prétendu « cercle de la raison ».

En 1995, nous étions alors en pleine campagne présidentielle et l’essayiste et consultant Alain Minc avait alors choisi d’apporter son soutien à Edouard Balladur, trouvant que Jacques Chirac, qui faisait campagne sur la « fracture sociale », ne pouvait entrer dans ce fameux « cercle de la raison », contrairement par exemple à Raymond Barre (1924-2007) [ancien premier ministre] ou Jacques Delors [ancien président la Commission européenne], mais qui n’étaient pas candidats à l’élection présidentielle.

Le néolibéralisme pour seule voie

Que signifiait exactement cette expression d’Alain Minc, reprise quasiment in extenso par Clément Beaune ? C’est tout simplement la version française du fameux TINA – « There is no alternative » (Il n’y a pas d’alternative) – lancé par Margaret Thatcher (1925-2013), lorsqu’elle était première ministre du Royaume Uni, pour affirmer que le néolibéralisme était le seul chemin politique possible.

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder l’exemple donné par Alain Minc dans l’entretien accordé aux Echos, en 1995. Il y affirmait qu’au sein du « cercle de la raison », « chacun convient que le coût du travail non qualifié est un frein majeur à l’emploi ». Mais que, dans son périmètre, plusieurs solutions seraient envisageables pour répondre à cette problématique : baisser le smic (salaire minimum), transférer les charges sociales sur la CSG (contribution sociale généralisée) ou les baisser sans contrepartie.

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