Automobile : les PME du « rétrofit » électrique se sentent abandonnées par l’Etat

Rechargement d’un véhicule électrice à Godewaersvelde (Nord), en février 2017.

Est-il l’oublié de la transition écologique ? Le « rétrofit » électrique, qui consiste à remplacer un moteur thermique par un électrique à batteries sur un véhicule ancien, semble moins prioritaire pour les pouvoirs publics que la vente directe de véhicules zéro émission, ce qui pourrait mettre en péril une filière naissante et encore fragile. C’est en résumé le ressenti de l’association Aire (Acteurs de l’industrie du rétrofit électrique), qui représente une quinzaine de start-up, PME ou garages indépendants ayant décidé de se lancer dans cette aventure.

Aire dénonce en particulier l’absence de soutien dans le projet de loi de lutte contre le réchauffement climatique (inspiré des travaux de la convention citoyenne pour le climat), en cours de finalisation. Les sénateurs avaient bien ajouté une mention à l’article 25, fixant « comme objectif d’atteindre d’ici à 2030 un million de véhicules à moteur thermique transformés », mais cette disposition vient d’être retirée du texte par la commission mixte paritaire, à la demande du gouvernement.

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« Ce manque d’ambition est incompréhensible, peste Arnaud Pigounides, coprésident d’Aire et patron de Retrofuture, une des start-up de ce secteur embryonnaire. Vous avez pourtant le meilleur de tous les mondes possibles : le passage d’une partie du parc roulant polluant au zéro émission, à moindre coût par rapport à l’achat d’un véhicule électrique, une forme d’économie circulaire vertueuse en matière d’impact écologique global et de l’emploi localisé en France. »

Question de la robustesse du modèle économique

La filière avait applaudi la légalisation du rétrofit électrique par un arrêté, en mars 2020, permettant l’homologation de véhicules transformés. La création de zones à faible émission dans les métropoles françaises paraissait aussi pouvoir stimuler le marché. Mais la mise en œuvre a été plus ardue que prévu pour des entreprises jeunes et aux moyens limités.

Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) datée de mars 2021 et consacrée à la transformation en véhicule électrique met en évidence la question de la robustesse du modèle économique. L’Ademe indique en particulier les niveaux de coûts pour les acteurs : jusqu’à 1 million d’euros pour le développement du kit de conversion et jusqu’à 100 000 euros pour l’homologation du véhicule. A ce jour, d’après Aire, seule une 2CV « rétrofitée » mise au point par le Mehari Club de Cassis (Bouches-du-Rhône) a été homologuée.

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