« Aux bons soins du capitalisme » : le coaching, une religion libérale

Le livre. Réconcilier capitalisme et humanisme, rien de moins : les promesses du coaching sont séduisantes. Resté longtemps discret, d’abord exercé par des consultants à l’image aussi énigmatique que charismatique, associé aux élites, le coaching fait l’objet d’une fascination tenace en France, à la fois laudative et critique.

Les uns vantent les mérites de cette pratique hybride, qui emprunte ses techniques à la psychothérapie mais se déploie dans le champ du conseil et de la formation. Les autres dénoncent l’empire des coachs et l’injonction au bonheur toute-puissante. Le coaching est-il le fer de lance d’une instrumentalisation de la subjectivité par le capitalisme ? Ou, à l’inverse, dans un étrange renversement de miroir, le signe que la société, et plus précisément le travail, va mal ? Dans Aux bons soins du capitalisme (Les Presses de Sciences Po), Scarlett Salman s’interroge.

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Depuis son émergence dans les années 1990, le coaching a conforté sa place dans le monde de l’entreprise et contribué à deux figures majeures du néocapitalisme : celle, interne, du manageur-coach ou du leader, et celle qui se prolonge à l’extérieur des organisations, de l’entrepreneur de soi. « La promesse du coaching est de développer le potentiel d’individus réputés autonomes, tout en les invitant à entretenir des relations harmonieuses aux autres et un rapport sain au travail », rappelle la sociologue, maîtresse de conférences à l’Université Gustave Eiffel.

Métamorphoses des relations

Ce dispositif individualiste-libéral postule que l’individu au travail n’est pas seulement mû par des critères économiques, mais que ses relations de travail ont un impact sur son engagement et sur sa performance. « Le coaching est la version la plus individualisée et la plus personnalisée des dispositifs de gestion qui ont pris la dimension humaine comme objet. Il s’adresse résolument aux cadres, ces salariés de confiance auxquels est demandé un investissement extensif dans le travail et auxquels est promise en retour la plus grande des récompenses, cette fameuse réalisation de soi. »

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Ce discours accompagne un renouveau de l’indépendance et de l’entrepreneuriat. Les coachs exercent eux-mêmes leur activité sous des formes diverses d’indépendance. Fruit d’une enquête au long cours, engagée au début des années 2000 et combinant ethnographie et statistiques, l’ouvrage s’intéresse aux métamorphoses des relations entre management et psychologie, et à l’essor d’une hygiène psychique au travail porteuse d’une responsabilisation individuelle accrue.

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