Aux Francofolies, place aux moins jeunes

Francis Cabrel, le 12 juillet, aux Francofolies de La Rochelle.

Mort en 2013, l’homme de radio Jean-Louis Foulquier, qui consacra son énergie à la défense de la chanson française, n’aurait pu imaginer que, l’espace d’un été, le festival qu’il a fondé à La Rochelle en 1985 deviendrait un modèle presque imposé pour bien d’autres dans ce pays. Cela par la faute d’une pandémie qui, en l’absence de tournées européennes des stars internationales, contraint à un repli sur les musiciens d’ici. Le festival indique sur son site qu’il offre « le meilleur de la scène française », des noms comme ceux de Vianney, Benjamin Biolay, Raphaël, Pomme ou Ben Mazué sont à l’affiche de nombreux festivals en ce mois de juillet.

La salle rit quand les paroles de « Mes mains sur tes hanches » sont adaptées aux restrictions liées au Covid-19

Mais c’est avec des vétérans que la manifestation s’est distinguée lundi 12 juillet, à mesure que le port retrouvait son animation saisonnière après l’annulation de l’été 2020. Affiche de prestige dans le Grand Théâtre de La Coursive, fleurant bon la bonne variété d’antan, avec deux contemporains de 77 ans célèbres pour leur voix éraillée. Une Franco-Helvétique, Nicoletta, amoureuse du gospel et du blues, dont la carrière débute en 1966 sur le label d’Eddie Barclay. « Vous savez peut-être que je suis italo-belge… Je vais me permettre une petite italofolie, puisque on a gagné ! », s’écriera à sa suite Salvatore Adamo, avant de plonger dans La Notte/La Nuit (en version bilingue), un de ses premiers succès (1965), quand le yéyé, porté par le magazine Salut les copains, déferlait sur la nation.

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Nicoletta entre en scène telle qu’on pouvait la voir dans les émissions des époux Carpentier, en tailleur noir scintillant de strass argenté, et commence par un « pot-pourri » (comme on disait alors), A quoi sert de vivre libre ?/Les Volets clos. Soutenue par trois choristes, elle tarde à retrouver sa voix, guère aidée par un groupe comptant deux remplaçants et jouant les yeux sur les pupitres à la manière des orchestres de bal. Sa projection retrouve progressivement sa puissance et s’épanouit pour les grands tubes, Il est mort le soleil, Fio Maravilha et Mamy Blue, puis le Oh Happy Day final. « J’aurais mis cinquante ans pour faire ce festival », dira, en exagérant, la novice. Avec émotion, mais sans commisération : « Place aux jeunes, on a été très gâtés, notre génération. »

« La misère aux trousses »

En costume sombre et chemise rouge, Adamo déploie sa fougue dès C’est ma vie, une vie qu’il entreprend de raconter en jonglant avec les époques. Autour de deux violons, d’un accordéon, d’un piano, d’une trompette, d’une contrebasse ou d’une clarinette, au rythme d’une valse ou d’un boléro. A l’écoute de chansons aussi belles qu’Une mèche de cheveux, Un petit caillou gris rose, un petit caillou vert gris ou Tombe la neige (« Un slow d’été ! », s’amuse-t-il), on s’étonne qu’une place plus imposante ne lui ait pas été accordée au panthéon de la chanson francophone. La salle rit quand les paroles de Mes mains sur tes hanches sont adaptées aux restrictions du Covid et finit par chanter debout la java des Filles du bord de mer. Le séducteur repartira en emportant quelques cadeaux offerts par des admiratrices.

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