Aux Inrocks Festival, la Femme, Catastrophe et Altin Gün ont permis de regoûter à la vie d’avant

Le groupe La Femme, sur la scène de l’Olympia, pour les Inrocks Festival, à Paris, le 10 juin 2021.

N’en déplaise à Florian Philippot qui, le 7 juin, tweetait son inquiétude de voir les Inrocks Festival prendre des allures d’hôpital pour cause de mesures sanitaires trop strictes dans les travées de l’Olympia (on ignorait l’ancien vice-président du FN préoccupé à ce point par le lâcher-prise rock’n’roll). La première des deux soirées, programmées les 10 et 11 juin dans la mythique salle parisienne par le magazine – dorénavant mensuel – Les Inrockuptibles, a produit bien plus de fête que de froideur.

Certes, les entractes entre les trois concerts du jour – Catastrophe, Altin Gün et La Femme – manquaient de vibrations conviviales, faute de pouvoir passer commande aux bars. Des bouteilles d’eau minérale étaient néanmoins distribuées gratuitement. Et il n’a pas fallu plus de 5 minutes aux 1 200 spectateurs masqués, munis d’un passe sanitaire et assis sans distanciation (pour une jauge habituelle de 2 000 places) pour se lever, danser et faire un triomphe à chacun des groupes à l’affiche.

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Premier concert depuis trois ans de La Femme

Un enthousiasme proportionnel, sans doute, à la frustration d’une année quasiment sans concert, et au bonheur des artistes de retrouver enfin leur raison d’être. Un emballement provoqué aussi par les chansons euphorisantes de Catastrophe, le collectif mené par la danseuse, comédienne, écrivaine et chanteuse Blandine Rinkel ; le psychédélisme oriental des turco-néérlandais d’Altin Gün et le retour de La Femme.

Plus de trois ans que le groupe formé à Paris, par les amis biarrots Marlon Magnée et Sacha Got, n’avait pas donné de concert. Paru début avril, plus d’un an après la fin de son enregistrement, leur troisième album, Paradigmes, avait mis l’eau à la bouche, en démontrant que la formation à l’origine du renouveau pop francophone, à l’aube des années 2010, continuait d’évoluer sans perdre sa spontanéité.

Eux qui aiment répéter que leur groupe a été leur « école d’art » ont eu le temps de réfléchir à leur réapparition scénique. A 21 h 30, le grand rideau rouge de l’Olympia s’ouvre sur six musiciens uniformément habillés d’un costume blanc à col noir et coiffés d’une même perruque blonde. Un concept unisexe derrière lequel se cachent deux chanteuses claviéristes et quatre hommes. Figure séductrice, à la source de ritournelles sentimentales et érotiques, La Femme est aussi celle qui existe en chaque garçon.

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Un langage « féminin »

D’abord un peu désincarnés par cette uniformité anonyme, les morceaux prennent corps quand Marlon tombe la perruque, puis la veste pour danser torse nu devant, derrière ou avec les quatre synthétiseurs roses alignés en front de scène. Son détachement vocal, comme celui de la polyphonie féminine ou du flegmatique Sacha Got, se nourrit depuis toujours d’un parler simple choisi pour parler juste. Il y a là une redécouverte de la candeur yé-yé, de celle de l’électropop française des années 1980, électrisée par les guitares de la surf music, du garage rock et du punk.

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