Aux Pays-Bas, les nouvelles au goût amer d’Hanna Bervoets

La fin d’une romance amoureuse entre deux hommes parce que l’un d’eux rêve de devenir une sirène ; un règlement de comptes sur fond de jalousies au sein de la communauté « queer » ; des minauderies puis des insultes dans un groupe d’individus pris de passion pour des cochons d’Inde et troublés par l’apparition d’un « troll » issu d’un forum dédié aux lapins : il y a, chez l’écrivaine néerlandaise Hanna Bervoets, beaucoup de délires et pas mal d’humour dissimulant une réflexion grinçante et inquiète sur la société moderne.

Een modern verlangen (Uitgeverij Pluim, non traduit), recueil de nouvelles qui prolonge et synthétise les thèmes des livres déjà publiés par cette autrice de 36 ans, illustre les divagations du monde virtuel qui envoûte bon nombre de ses contemporains « abandonnés aux mille visages de la déraison », comme l’écrit le sociologue français Gérald Bronner dans son livre Apocalypse cognitive (Presses universitaires de France, 396 pages, 19 euros).

Romancière, femme de théâtre et de cinéma, chroniqueuse et journaliste : Hanna Bervoets, a produit jusqu’ici une œuvre multiple et singulière, dont des romans couronnés en 2017 par le prix Frans Kellendonk, décerné tous les trois ans à un auteur néerlandais pour « un regard indépendant et original sur une problématique sociétale ou existentielle ».

Dans son recueil de quatorze historiettes, l’autrice brosse avec une surprenante dextérité et une imagination sans borne, quelques scènes qui, improbables il y a dix ans encore, nous apparaissent aujourd’hui possibles, voire réalistes, tant Internet et les réseaux sociaux ont banalisé l’étrange, l’inimaginable et le pseudoscientifique.

Scénarios de science-fiction

Encagés dans le virtuel, déconnectés de la vie réelle, ces êtres sont peut-être nos voisins. Les uns, futurs parents inquiets, recherchent le moyen de faire en sorte que leur bébé soit parfait au plan génétique. Les autres, des pédophiles, s’échangent des informations sur un forum et débattent de l’admission de l’un de leurs congénères en déviance. D’autres encore, recherchant à la fois un refuge et un outil thérapeutique, décident de vivre dans une tente en carton.

Au bilan, c’est le portrait d’individus tous placés, volontairement ou pas, en dehors d’une société de la performance et de la norme que brosse, avec une drôlerie amère et une sorte de compassion, Hanna Bervoets. Des êtres se demandant si une simple relation à l’autre, empreinte de tendresse et d’amour, est encore possible tant ils vivent dans un univers parallèle.

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