Aux rencontres d’Arles, les éditeurs de livres de photo français font cause commune

Signature de livres photo au collège Saint-Charles aux Rencontres d’Arles, jeudi 8 juillet 2021.

Le soir venu, aux Rencontres d’Arles, une foule attentive se presse au Collège Saint Charles, dans la fraîcheur qu’apporte l’ombre d’un grand micocoulier : assis dans la cour, derrière des tables d’écolier, des photographes viennent dédicacer leur livre et discuter avec les visiteurs. Ainsi François Daireaux, qui publie Discover, un gros ouvrage aux éditions Loco sur ses images prises en Chine, mélange réussi de documentaire et de regard décalé.

La veille, la photographe Sabine Weiss, 96 ans, portée par son exposition au Museo Arlaten et par la publication d’un Photopoche chez Actes Sud, a attiré un public important, conquis par ses images humanistes et son entrain. « Nous avons vu moins de monde que d’habitude, mais les gens qui viennent cette année sont vraiment des connaisseurs », indique Fabienne Pavia, de la maison d’édition le Bec en l’air, qui a vu les visiteurs acheter surtout Les Chants de l’asphodèle, de Mathias Benguigui, après avoir vu l’exposition consacrée en parallèle au photographe à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz à Arles.

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Le festival est d’ordinaire un temps fort pour les éditeurs de livres photo. Mais l’édition 2021, adaptée en raison de la situation sanitaire, est particulière. Temple, l’événement officiel qui regroupait des éditeurs du monde entier en 2019 pendant la semaine professionnelle, a été annulé. Cette année, seuls quelques éditeurs étrangers sont présents, comme l’Allemand Kehrer, mais les Français sont eux venus en force : en plus d’Actes Sud, basé à Arles, qui vend ses livres dans sa grande librairie du Méjan, 11 éditeurs hexagonaux regroupés sous la bannière de l’association France Photobook, proposent leurs publications au public sur deux lieux proches.

L’heure est à la solidarité après une année compliquée pour les éditeurs de livre photo, qui pour en majorité vendent leurs ouvrages non pas dans les librairies, mais plutôt dans des lieux d’art et d’expositions, fermés pendant des mois à cause de la pandémie. « Certains ont fait une année blanche, explique l’éditeur André Frère, moi j’ai repoussé des sorties pour plutôt exploiter des livres qui n’avaient pas eu le temps de rencontrer leur public. En revanche, les ventes en ligne, chez tous les éditeurs, ont explosé ».

400 livres publiés par an

Regroupés depuis 2019 dans une association nommée France Photobook, qui compte désormais 25 membres (dont Actes Sud), tous éditeurs de livres photo d’auteur, ils cherchent à donner plus de visibilité à leur domaine mais aussi à trouver des moyens financiers pour ce secteur à la fois très foisonnant et fragile – plus de 400 livres photos sont publiés par an. « A l’heure actuelle, les éditeurs de livre photo sont des poeles à frire qui cherchent de l’or sur les plages ! résume en riant Eric Cez, des éditions Loco. Le nombre d’ouvrages a explosé, mais le marché n’a pas beaucoup bougé, et produire ce genre de livre coûte très cher, de 20 à 25000 euros en moyenne, alors que les ventes, même pour les succès, restent limitées à quelques centaines d’exemplaires».

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