Aux Rencontres d’Arles, quatre jeunes photographes dans la lumière

Le Monde a choisi de vous présenter quatre des candidats en lice pour le prix, qui sera remis lors de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles.

  • Ilanit Illouz, le sel de l’histoire

Ilanit Illouz, née en 1977, a mené une quête artistique dans le désert de Judée, entre Jérusalem et Jéricho, près de la mer Morte : une zone désertique aux allures lunaires, traversée par les tensions politiques, minée par les disputes autour des ressources en eau. Inspirée par le bitume de Judée, substance photosensible utilisée par les pionniers de la photographie, et surtout par le sel, matière omniprésente sur place, évocatrice des procédés argentiques, Ilanit Illouz a « fossilisé » ses images. Ses papiers fins, gorgés d’eau salée, voient naître avec le temps des cristaux scintillants qui ourlent, soulignent ou effacent ses paysages, dans des images qui portent la mémoire du geste de l’artiste et des civilisations qui se sont succédé sur place.

Wadi Qelt. Dans la clarté des pierres, d’Ilanit Illouz, présentée par la MABA. Livre à paraître aux éditions Eyd Paris.

  • Marie Tomanova, la nostalgie de l’exilée

Née en République tchèque et installée aux Etats-Unis, Marie Tomanova nourrit son œuvre de son parcours et de son exil. Son projet « Ce fut jadis mon univers », très autobiographique, explore le décalage ressenti par la photographe alors qu’elle rentre dans son pays natal après une décennie d’absence. Le village et la maison de son enfance, enjolivés par les souvenirs et la nostalgie, ne résistent pas à la confrontation : ils sont devenus insolites, étrangers. Passant en revue les objets familiers, les proches et les lieux qu’elle ne reconnaît plus, l’artiste explore ce déracinement, cette perte d’identité douloureuse et ce passé à jamais perdu, en donnant à ses images un caractère irréel et fantastique.

« Ce fut jadis mon univers », de Marie Tomanova, présenté par la galerie Pragovka. Ouvrage à paraître chez Hatje Cantz.

  • L’odyssée de Massao Mascaro

Le photographe Massao Mascaro, né en 1990, aime à croiser dans ses images l’intime, la géographie et la politique. Son projet « Sub Sole » (« sous le soleil » en latin) reprend l’itinéraire suivi par Ulysse à travers la Méditerranée, berceau de mythes fondateurs et carrefour de cultures. Il est passé par le Maroc, l’Italie, la Grèce, la Turquie, la Tunisie… Dans cet espace marqué par les migrations, l’exil et les départs, l’artiste est allé à la rencontre des jeunes qui vivent sur place ou ne font qu’y passer, le regard toujours fixé sur la mer à traverser, antichambre de l’ailleurs ou barrière infranchissable. Il en tire des images poétiques nourries à la fois de l’actualité, des gestes des êtres croisés et des récits littéraires qui irriguent son travail de façon souterraine.

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