Avec « Donda », Kanye West dilue son talent dans les polémiques et les excès

Kanye West lors de la 92e cérémonie des Oscars, à Beverly Hills, en Californie, en février 2020.

Kanye West ne sait pas sortir un album sans en faire tout un cirque. C’est une seconde nature chez ce rappeur qui manie la provocation comme personne, soutien de Donald Trump pendant son mandat, candidat déçu à la présidentielle américaine de 2020, et ex-fan de porno converti à un christianisme dur qui condamne les avortements.

Le dixième album du rappeur, Donda, soit le prénom de sa mère, professeure d’anglais décédée en 2007, n’a pas échappé à la règle.

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Tout l’été, l’ex de Kim Kardashian a tenu ses fans en haleine, en organisant des sessions d’écoute, « listening parties », à 200 dollars (170 euros) l’entrée dans de grands stades : les 22 juillet et le 6 août au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta (Georgie), ville où il est né, puis le 26 août au Soldier Field de Chicago (Illinois), métropole qui, elle, l’a vu grandir.

Le lendemain de ces évènements où Kanye West se tenait, quasiment seul, au milieu d’une arène sportive devant 40 000 personnes, le disque devait être disponible sur les plateformes d’écoute, ce qui ne fut jamais le cas. Même la France a failli accueillir ces petites sessions d’écoute privée en août, place de la Bourse à Paris et dans une commune de l’Essonne, au Bois-Moret d’Auvers-Saint-Georges. Les deux ont viré au fiasco. Il aura fallu finalement attendre le dimanche 29 août, jour du seigneur, pour que Donda soit révélé à ses ouailles.

Dénonciation de la « cancel culture »

Ce disque est tout d’abord un album long, comme il est rare aujourd’hui d’en produire : deux heures de musique découpées en vingt-sept morceaux, dans lesquels la crème du rap et du R’n’B américains a été invitée. 

Après une introduction en forme d’entraînement vocal avec la répétition du nom de sa mère – Donda – qui certes permet une jolie allitération mais ne présente guère d’intérêt, Kanye West semble renouer avec sa verve politique d’antan, celle où il condamnait l’inaction du président Bush après le passage de l’ouragan Katrina en Louisiane en 2005.

Jail (« Prison »), qui accueille Jay-Z, son ancien boss et partenaire pour l’album Watch The Throne en 2011, a tout l’air d’une dénonciation du système carcéral américain, d’autant plus que le dernier morceau de Donda, le remarquable Jesus Lord 2, donne la parole au fils de Larry Hoover, membre fondateur du gang The Gangster Disciples, condamné à plus de 150 ans de prison.

Mais en fait non, tout au long du disque, force est de constater que son intention est tout autre. Ce que veut dénoncer le rappeur, c’est la « cancel culture », qui consiste à bannir les artistes qui ont eu un comportement répréhensible. Dans une deuxième version de Jail, il invite ainsi Marilyn Manson, accusé de viols et de harcèlement sexuels par plusieurs de ses ex-compagnes, et le rappeur DaBaby, qui a tenu des propos homophobes lors d’un concert à Miami (Floride) en 2021 et qui a vu depuis une grande majorité de ses concerts annulés.

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