Avec Godard, Bardot dans la peau d’une autre

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Publié aujourd’hui à 19h00

Ce 5 août 1962, Brigitte Bardot profite de l’étirement des journées d’été dans sa maison de Bazoches (Yvelines) quand la radio annonce que Marilyn Monroe a été retrouvée morte à son domicile. Un « suicide probable », selon le médecin légiste, dû à une overdose de barbituriques. Brigitte Bardot se décompose et, prenant conscience du fil invisible qui la relie à la star hollywoodienne, se tourne vers Jean-Max Rivière, son ami et le compositeur de ses chansons, et lui demande : « Que vais-je devenir ? »

Bardot croise Marilyn Monroe le 29 octobre 1956 dans les toilettes du cinéma Empire, sur Leicester Square, à Londres, à l’occasion d’un gala annuel, où des personnalités du cinéma sont présentées à la reine. BB doit l’invitation à la productrice anglaise de Rendez-vous à Rio (1955), un film obscur dans lequel elle tient un petit rôle au côté de Dirk Bogarde. Elle répond d’autant plus favorablement à la proposition que ses camarades de Paris Match l’ont avertie que Marilyn serait là.

A cette époque, la vedette française vient de découvrir le premier montage de Et Dieu… créa la femme, de son époux Roger Vadim, qui sortira un mois plus tard. Elle s’y trouve « pas mal ». « Pas mal » au sens où elle pense qu’elle ne pourra jamais soutenir la comparaison avec la vedette des Hommes préfèrent les blondes. Dans la salle de l’Empire, l’écrivain Arthur Miller, le mari de Marilyn Monroe, remarque cette Française au visage sortant de l’ordinaire. « Il y avait une fille plutôt petite, à l’air timide, avec de longs cheveux ramenés sur la tête ; comme elle se tenait derrière moi, j’ai pu saisir son nom », raconte le dramaturge, frappé par son étrange « choucroute » – des cheveux en abondance, savamment déstructurés, s’élevant haut sur le visage. La « choucroute » est bannie par Vadim pour Et Dieu… créa la femme afin de permettre à ses cheveux – il lui demande de les teindre en blond – de rester en liberté, comme son personnage.

Dans les toilettes de l’Empire, au milieu de femmes soucieuses de corriger un détail, Bardot ne regarde que Marilyn. Blonde dans une robe dorée, la mèche rebelle coulant sur son cou, indifférente au protocole, laissant la trace persistante du parfum n°5 de Chanel. « Il émanait d’elle une fragilité gracieuse, une douceur espiègle », remarque Bardot.

Un couple qui se déchire

Elles ne se parlent pas mais une fragilité les rapproche. Marilyn est une actrice surdouée dont le talent indiffère. Bardot affiche un manque de confiance inversement proportionnel à son talent. Quand Antoine Bourseiller lui propose le rôle de Célimène dans Le Misanthrope de Molière, au Théâtre national populaire de Chaillot, à Paris, la comédienne se révèle extraordinaire lors des répétitions, soutient le metteur en scène.Mais la peur de sortir de sa zone de confort la fait renoncer. Si Monroe n’a pas mené sa carrière au bout, Bardot, elle, n’exprimera jamais tout son potentiel.

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