Avec le « pardon » d’Emmanuel Macron, « les harkis sont convoqués une fois de plus en figurants censés cautionner l’histoire qui leur est imposée »

Emmanuel Macron, lors d’une cérémonie de remise de la Légion d’honneur, à l’Elysée, le 20 septembre 2021.

A l’occasion de la réception organisée à l’Elysée à la mémoire des harkis, ce 20 septembre, le président de la République a demandé pardon « aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni ».

Enfin !, pourrait-on dire. Et pourtant, à y regarder de près, il y a peu de raisons de se réjouir. Si ce discours parachève la reconnaissance institutionnelle du « drame des harkis », il ne leur rend pas pour autant honneur. Le discours présidentiel n’est ni un acte de justice, ni une parole de vérité, mais uniquement un geste de mémoire, discutable car bâti sur une lecture instrumentale du phénomène supplétif et, plus largement, de la situation coloniale, sans que celle-ci soit jamais nommée.

Grâce à la mise en résonance de trois mythes – la fidélité, la tradition militaire et la nationalité – se déplie un récit historique qui, sous le couvert de demander pardon aux harkis, pardonne à la France ses méfaits (post) coloniaux. Dans ce récit, les harkis sont convoqués une fois de plus en figurants censés cautionner l’histoire qui leur est imposée. Comment pourraient-ils en effet être en position de critiquer un tel dispositif mémoriel alors que celui-ci semble destiné à leur présenter des excuses tant attendues ? Est-il vraiment possible de panser les plaies tout en se méprenant sur ce qui les a causées ?

La célébration de la fidélité

Dans un premier mouvement, le président Macron associe la reconnaissance de l’abandon et de la maltraitance des familles à la célébration de la fidélité. Ce faisant, loin de défendre l’engagement de la République sur la « voie de la vérité », il participe, au contraire, à son ensevelissement, puisque l’expérience d’enrôlement des harkis a moins à voir avec une quelconque adhésion au drapeau qu’avec un ensemble de circonstances socio-historiques.

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Celles-ci relèvent pour la plupart de l’articulation entre deux grands facteurs : les allégeances et les équilibres locaux d’une part, le climat de violence et de suspicion instauré par les deux camps antagonistes (l’armée française et l’armée de libération nationale, ALN) d’autre part, au sein d’une situation coloniale d’exploitation et de paupérisation de la population autochtone. Que les harkis ne se soient pas battus pour la France, mais avec la France est désormais largement documenté par les travaux en sciences humaines et sociales, et Emmanuel Macron lui-même le laisse sous-entendre. Mais, comme dans un syllogisme à rebours, le fait d’avoir prêté ses forces pour la France devient l’expression d’un patriotisme postiche, d’une fidélité de facto, qui se libère du fardeau du choix.

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