Avec le « quick commerce », le risque de prolifération de mini-entrepôts en ville

Un préparateur réunit les produits en rayon pour une commande dans un magasin Flink, à Paris, le 8 septembre 2021.

L’avertissement est venu du responsable développement de La Belle Vie, une épicerie en ligne installée à Paris depuis 2015. « Vous allez voir, ils vont tous vous tomber dessus », a prédit Theo Gadbin à son interlocuteur chez Knight Frank, une société de conseil en immobilier commercial de centre-ville. C’était au tout début de 2021. « Et en effet, ça n’a pas manqué. Entre février et avril, ils nous ont tous appelés, confirme Antoine Salmon, le directeur du département commerce de Knight Frank. Certains jours, il arrivait même qu’une même personne appelle chacun des membres de l’équipe à tour de rôle. C’en était devenu une blague. » A chaque fois, la même urgence : trouver des locaux de 250 à 400 m², en rez-de-chaussée, avec un loyer abordable, qui serviraient de camp de base à leur nouvelle activité : la livraison express de courses à domicile.

Les travaux d’aménagement consistant principalement à installer des étagères métalliques, des vitrines réfrigérées, et dessiner des flèches jaunes et noires au sol pour signaler un parcours à suivre, les ouvertures de locaux se sont multipliées en un temps record. Les premières ont eu lieu en février, à Paris. Après, difficile de savoir dans quel ordre tout s’est enchaîné. Seule certitude, depuis le printemps, sur le modèle de ce qui s’est passé en Europe, en Turquie et aux Etats-Unis, les grandes villes françaises – Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Nice –, mais aussi Boulogne et Vincennes, sont devenues les terres à conquérir d’une multitude de start-up (Cajoo, Flink, Getir, Gorillas… on en dénombre une vingtaine). Toutes sont engagées dans une course effrénée d’ouverture d’un maximum de dark stores, ces entrepôts à la façade aveugle d’où s’échappent des livreurs, à intervalles réguliers.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Comment des start-up investissent la livraison express des courses à domicile dans les villes françaises

Sous couvert « de faciliter le quotidien des télétravailleurs, des parents de jeunes enfants », « de vous permettre de passer plus de temps avec vos proches », ce phénomène, aussi soudain et massif que l’a été celui de l’apparition des trottinettes en libre-service, en 2018, pourrait ne pas être sans conséquence sur la vie des villes. Certes, ce sont des emplois, un nouveau service. Mais ce sont aussi des lieux qui changent de destination. A Paris, des procès-verbaux sont d’ailleurs sur le point d’être envoyés à deux des sociétés de livraison Cajoo au sujet de deux anciens commerces du 19e arrondissement transformés en entrepôts sans l’autorisation d’urbanisme nécessaire.

« Trouver des locaux adaptés »

Il vous reste 62.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.