Avec le roquefort, Lactalis veut contrer le Nutri-score

Conditionnement du Roquefort Société, à Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron), le 8 juillet 2015.

Sus au Nutri-score ! Une salve contre le système d’étiquetage nutritionnel élaboré sous la houlette des autorités de santé françaises est lancée. Ainsi, lundi 11 octobre, une conférence de presse était organisée à Millau (Aveyron) par la Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort (CGPLBIR), pour demander à ce que ce célèbre fromage de brebis soit exempté du logo. Or, 70 % des volumes de cette appellation d’origine protégée (AOP) sont entre les mains de Lactalis. D’ailleurs, le président de la CGPLBIR n’est autre qu’Hugues Meaudre, le directeur général de Lactalis AOP & Terroirs. Un géant de l’agroalimentaire qui s’est toujours opposé au Nutri-score.

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« Le Nutri-score est inadapté à nos produits à indication géographique protégée [IGP] ou d’appellation d’origine protégée. C’est une approche punitive des aliments », martèle Sébastien Vignette, secrétaire général de la CGPLBIR. En cause, la note E et la couleur rouge attribuée à ce fromage riche en matières grasses et en sel. En effet, le Nutri-score utilise une échelle de couleurs (du vert au rouge) et de lettres allant de A à E pour établir sa notation nutritionnelle. Elle est affichée sur la face avant des produits afin d’aider le consommateur à comparer les aliments en fonction de leur teneur en sucre, gras et sel.

Produits emballés

Les fromages vendus dans les fromageries, sur les marchés ou à la coupe en supermarché sont déjà exemptés du Nutri-score. Il est réservé aux produits vendus emballés. Ainsi, selon M. Vignette, sur l’ensemble de la production de roquefort, 25 % sont exportés, 20 % sont vendus dans les fromageries et près de 10 % à la coupe dans les supermarchés. C’est donc moins de la moitié des volumes qui est aujourd’hui concernée par le Nutri-score en France. Il a déjà été apposé par des enseignes de distribution qui vendent ce fromage de brebis sous leur marque. Cet étiquetage a-t-il fait baisser les ventes ? M. Vignette affirme ne pas avoir de réponse à cette question.

« La notation traduit la composition. La note E ne signifie pas qu’il ne faut pas en manger mais en manger en petite quantité. Les opposants au Nutri-score utilisent la confusion entre un label de qualité gage de pratiques de production plus vertueuses et d’attachement au territoire et la qualité nutritionnelle. Ce sont deux dimensions différentes », explique Serge Hercberg, professeur émérite de nutrition à l’université Sorbonne-Paris-Nord, concepteur du Nutri-score.

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Il se félicite de la dynamique de diffusion de ce système de notation adopté en France par arrêté ministériel en 2017, pour un usage facultatif. A la suite des pionniers comme Danone, Fleury Michon, Marie ou Bonduelle, de nombreuses entreprises ont accepté de l’afficher. On en dénombre près de 600 aujourd’hui. Le fabricant de chips Vico, par exemple, s’est rallié récemment. De grands opposants comme Nestlé ou PepsiCo ont même fini par changer de camp. De plus, six pays européens l’ont plébiscité.

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