Avec le SEW, Morlaix se cherche une autre dimension culturelle

Le SEW à Morlaix (Finistère) en juillet 2021.

Ne lui parlez pas d’interdisciplinarité artistique : il préfère le terme de « frottements ». C’est pourtant bien une collaboration entre théâtre, musique et cinéma que promet Thierry Seguin, ancien vice-président du Pays de Morlaix (Finistère), administrateur du Théâtre de l’Entresort et codirecteur du SEW. Née en 2012, l’association réunit trois acteurs de la vie culturelle locale : le cinéma d’art et d’essai La Salamandre, le Théâtre de l’Entresort et Wart, producteur de musiques actuelles.

A l’époque, La Salamandre est encore installée à quelques kilomètres du centre-ville, dans le quartier de la Boissière, tandis que Wart dissémine sa programmation sur les scènes de la région. Le Théâtre de l’Entresort, qui emploie les comédiens porteurs de handicap de la troupe Catalyse, peine à trouver un lieu de répétition pérenne. Dans cette petite ville de 15 000 habitants, où « tout le monde se connaît », l’idée d’une collaboration avec Véronique L’Allain, directrice de La Salamandre, et Eddy Pierres, directeur général de Wart, ne tarde pas à germer. « On a beaucoup discuté de ce qu’on pourrait mettre en place pour redynamiser la vie culturelle morlaisienne, se souvient Thierry Seguin. Le SEW est la concrétisation de ces volontés. »

Chaque salle est « comme une petite boîte dans une grande boîte », s’amuse Thierry Seguin, codirecteur du SEW

Inauguré le 6 juillet dans l’ancienne manufacture des tabacs, au cœur du port de Morlaix, le SEW comprend une salle de spectacle modulable de 200 à 800 places, trois salles de cinéma de 50, 100 et 150 places, ainsi que plusieurs salles de répétition, une librairie et même un bar-restaurant. Un projet architectural à 8,8 millions d’euros, qui s’est glissé entre les murs du monument historique, dont il occupe 5 500 mètres carrés. Pour le préserver, les différents équipements ont été construits indépendamment les uns des autres sans toucher aux façades datant de 1736. Chaque salle est ainsi « comme une petite boîte dans une grande boîte », s’amuse Thierry Seguin. « Ma famille compte plusieurs générations d’employés de la “manu”. C’est un endroit important pour nous, le projet devait respecter son histoire », justifie Eddy Pierres. Au-delà de sa vocation culturelle, l’association entend participer à la réhabilitation du quartier portuaire, en faisant du SEW un nouveau lieu de rencontre.

Un futur pôle de recherche

Au printemps 2021, à l’aube de l’inauguration des lieux, l’Entresort devient le Centre national pour la création adaptée (CNCA), première institution de ce type en France. Cet adoubement inédit du ministère de la culture représente un nouveau défi pour Thierry Seguin, qui espère rayonner au-delà du Finistère. « Nous souhaitons mettre en lumière les pratiques artistiques adaptées aux personnes en situation de handicap, explique-t-il. Pour en faire comprendre les esthétiques et les enjeux, nous espérons accueillir des chercheurs en résidence pour observer nos activités. » Une doctorante en arts du spectacle devrait intégrer prochainement le CNCA, posant peut-être la première pierre d’un pôle de recherche au SEW. « C’est une chance d’accompagner un tel projet », s’accordent à dire Eddy Pierres et Véronique L’Allain.

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