Avec le succès de Nirvana, la ruée vers le grunge

Kurt Cobain, lors du concert de Nirvana au Zénith, à Paris, en juin 1992.

Grunge. Il fallait de la « crasse » pour venir à bout de la décennie 1980, règne de l’image et de l’apparence avec l’émergence de la chaîne MTV. Comme les Sex Pistols et leurs émules eurent la peau du disco. Après le triomphe de Nevermind, l’industrie du disque, prise de panique, est prête à faire signer tout groupe chevelu et bruitiste ayant adopté l’attitude punk du « Do It Yourself ». Surtout s’il vient de la région de Seattle.

A l’origine, rappelle le tourneur Christophe Davy, « grunge est lancé comme une plaisanterie par Sub Pop, qui avait déjà exploité le mot loser auparavant ». Le terme apparaît pour la première fois en 1987 sur le catalogue du label de Seattle, pour un mini-album de Green River, groupe qui donnera naissance à Mudhoney et Pearl Jam. A l’été 1991 est commercialisée la compilation The Grunge Years, qui débute par Dive, de Nirvana. Par la suite, le trio rejettera cette appellation pour mieux affirmer son unicité.

Axl Rose, le chanteur des Guns N’Roses, incarne tout ce qu’exècre Kurt Cobain : misogynie, homophobie, clichés « sexe, drogue et rock’n’roll »

« Alternatif » devient le mot d’ordre général. « Ça a tout changé pour cette scène qui venait de clubs de quelques centaines de personnes et dont les groupes vivotaient avec des dead-end jobs », se souvient Christophe Davy. En ce qui concerne Seattle, Soundgarden et Alice in Chains avaient pourtant déjà rejoint de grandes maisons de disques dès 1989, suivis par Screaming Trees et Pearl Jam. Mais les ventes ne décolleront, dans des proportions inimaginables (des millions d’exemplaires), qu’à partir de 1992, année où Mudhoney et Tad se lient à Warner. Ten, premier album de Pearl Jam paru à l’été 1991, devient un best-seller, de même que Dirt, d’Alice in Chains. L’obsession est alors de dénicher le « prochain Nirvana ». C’est ainsi que sont présentés les Californiens Stone Temple Pilots à la fin de l’année.

Indifférence au style

Dans ce contexte favorable aux plagiaires opportunistes, un homme est particulièrement sollicité : Butch Vig, le producteur de Nevermind. « J’ai commencé à recevoir, de partout, des maquettes de groupes qui voulaient que j’ajoute une touche magique, raconte-t-il. Que ça sonne comme Nirvana. Cela ne m’intéressait pas. »

Tout ce qui est lié à Kurt Cobain, parfois sur la foi de ces tee-shirts que la nouvelle star porte à la gloire d’inconnus de l’underground, se voit offrir des opportunités inespérées. La marque historique Atlantic entend combler son retard en 1993 avec les Melvins, amis de longue date de Cobain, puis avec Daniel Johnston, un maniaco-dépressif séjournant régulièrement en hôpital psychiatrique.

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