« Avec l’hydrogène, a-t-on enfin conquis le Graal de l’énergie, cette ressource inépuisable et décarbonée qui sauvera la planète ? »

A l’extérieur de la station de production d’hydrogène Hynamics (filiale du groupe EDF), à Auxerre, le 13 octobre 2021.

A peine les présentations faites, Marco Alvera ouvre son livre fraîchement publié (The Hydrogen Revolution, Hodder Studio, non traduit) et vous renvoie à la page 229. Son visage s’éclaire : un tableau montre qu’en 2030, le coût du kilogramme d’hydrogène « vert » produit par électrolyse de l’eau tombera à 2 dollars (1,72 euro) si le prix des énergies renouvelables et des électrolyseurs servant à le produire baisse encore. Et à 1 dollar quand il le sera à très grande échelle. Aujourd’hui, le H2 est « noir » ou « gris » puisqu’il est produit en brûlant du charbon ou du gaz, et non compétitif avec d’autres sources d’énergie. Mais il valait 25 dollars le kilo il y a dix ans. Alors…

A-t-on enfin conquis le Graal de l’énergie, cette ressource inépuisable et décarbonée qui sauvera la planète ? Patron de SNAM, le géant italien des infrastructures gazières, M. Alvera veut y croire. S’il n’use pas des accents de gourou pour prophétiser l’avènement d’une « économie hydrogène » bouleversant notre civilisation occidentale, comme l’Américain Jeremy Rifkin, il assure qu’on est à l’aube d’un développement mondial. Il n’a pas oublié sa lecture, à l’adolescence, de L’Ile mystérieuse de Jules Verne (1874), cité dans son ouvrage : « Oui, mes amis, s’enflamme le savant Cyrus Smith, je crois que l’eau sera un jour utilisée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène qui la constituent fourniront une source de lumière et de chaleur inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. »

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Une si longue attente ! Le réchauffement climatique a accéléré la réflexion sur le meilleur « mix » énergétique sans CO2. L’hydrogène y aura une place importante. Dans la perspective d’une économie neutre en carbone au milieu du siècle, les experts s’accordent peu ou prou sur le dosage : la part de l’électricité passera de 20 % à 50 % ou 60 % ; les activités plus difficiles à électrifier, comme les industries lourdes et le transport de masse, devront recourir aux énergies fossiles avec captage-stockage du CO2. Et à l’hydrogène « vert », qui pourrait représenter 10 % de la demande globale.

Enthousiasme de néophyte

En quelques années, la situation a changé du tout au tout. Douze pays, dont la France, ont élaboré une « stratégie nationale » pour l’hydrogène et une vingtaine d’autres préparent la leur. Bruxelles a inscrit son développement dans les « projets importants d’intérêt européen commun », comme les batteries.

Des gigafactories d’électrolyseurs émergent sur plusieurs continents, les géants du pétrole et du gaz veulent en produire, l’Australie et le Chili se préparent à devenir exportateurs. Au total, 359 grands projets sont développés ou annoncés pour un investissement de 500 milliards de dollars (431 milliards d’euros), avec une avance de l’Europe, indique l’Hydrogen Council regroupant industriels et financiers.

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