Avec sa taxe carbone aux frontières, l’Union européenne est accusée de protectionnisme

Devant le bâtiment de la Commission européenne, à Bruxelles, le 24 mai 2021.

C’est une nouvelle source de tension entre les pays développés et les émergents dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le projet de taxe carbone aux frontières, présentée par Bruxelles comme une « contribution à la diminution des émissions au niveau mondial », a été qualifié de mesure « protectionniste » et « discriminatoire » par plusieurs pays émergents.

Présentée le 14 juillet, cette taxe, que Bruxelles préfère appeler « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières », fixera un prix du carbone pour les importations de certains produits. Il s’agit d’éviter la délocalisation des industries polluantes dans des pays où les normes sont moins strictes et où les émissions de CO2 ne sont pas taxées comme elles le sont sur le Vieux Continent.

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Ce dispositif, qui entrerait progressivement en vigueur à partir de 2026, doit remplacer à terme les quotas gratuits d’émission aujourd’hui alloués à certaines entreprises polluantes comme les compagnies aériennes pour éviter qu’elles soient pénalisées vis-à-vis de leurs concurrentes étrangères. « Ce mécanisme a aussi pour finalité d’encourager les industries en dehors de l’Union, ainsi que nos partenaires internationaux, à prendre des mesures allant dans le même sens », a précisé Bruxelles.

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Selon la Cnuced, l’agence des Nations unies qui représente les pays en développement, la Russie, la Chine, la Turquie, l’Ukraine, l’Inde et le Brésil seront les plus touchés par cette taxe, qui devrait s’appliquer dans un premier temps aux importations d’engrais, d’acier, d’aluminium, d’électricité et de ciment. Celle-ci « pourrait rediriger les flux commerciaux vers des pays où la production est moins polluante, mais aura peu d’effet sur le réchauffement climatique », estime la Cnuced.

« Vive préoccupation »

D’après ses calculs, les exportations des pays en développement baisseraient de 1,4 % si le prix de la tonne de carbone était fixé à 44 dollars (38 euros), et de 2,4 % s’il atteignait 88 dollars, tandis que les émissions de CO2 dans le monde diminueraient de 0,1 %. Moscou, qui évalue à 7,6 milliards d’euros le manque à gagner sur ses exportations à destination de l’Europe, préparerait une taxe d’importation en guise de rétorsion.

Pour la Chine, cette mesure enfreint les règles de l’Organisation mondiale du commerce et pourrait même entraîner une distorsion de la concurrence

En avril, les ministres de l’environnement de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud sont montés au créneau pour exprimer « leur vive préoccupation concernant le projet de mise en place de barrières commerciales unilatérales, comme le mécanisme d’ajustement carbone, qui sont discriminatoires et contraires aux principes d’équité et de responsabilités communes mais différenciées ». Ce dernier principe reconnaît les efforts supplémentaires que les pays industrialisés doivent fournir, car ils ont une responsabilité historique dans la dégradation de l’environnement et disposent de moyens plus importants pour protéger le climat. « Les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières sont, à plusieurs égards, des instruments modernes d’un impérialisme qui punit les nations en développement, dont la transition vers une économie verte est plus lente », fustige Charmi Mehta, chercheuse au sein du Finance Research Group, implanté en Inde.

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