« Avec Trump, le “grand mensonge” est devenu la vérité du Parti républicain »

Chronique. Même défait, poursuivi par la justice pour fraude fiscale, cantonné dans son manoir hispano-mauresque de Floride, privé de Twitter et autres réseaux d’hystérisation sociale, Donald Trump continue à pourrir la démocratie en Amérique. La journée du 28 mai à Washington en porte la marque. C’est peut-être une date, un jour noir, dans l’épopée états-unienne.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale au moins, démocrates et républicains ont réagi ensemble à chaque mauvais coup porté au pays. C’était une affaire de défense quasi existentielle. De l’assassinat du président John F. Kennedy, en 1963, à l’investigation sur les attentats du 11 septembre 2001, en passant par le scandale dit du Watergate en 1974, il s’est toujours trouvé une majorité bipartisane pour investir le Congrès d’une mission d’enquête. D’une façon ou d’une autre, parallèlement au travail de la police et de la justice, la représentation nationale jouait sa partie dans l’établissement de la vérité – avec plus ou moins de succès.

Signe du coup de vent « illibéral » qui souffle dans les rangs du Parti républicain, cette tradition vient de subir un sérieux accroc. Transformés en grognards du trumpisme, une majorité d’élus républicains au Sénat se sont opposés à la formation d’une commission d’enquête parlementaire, bipartisane, sur les événements du 6 janvier (voir l’article de Gilles Paris dans Le Monde du 29 mai).

« Entreprise de sédition »

Ce jour-là, Trump, largement battu dans sa tentative de réélection le 3 novembre 2020, haranguait ses partisans et les incitait à marcher sur le Capitole. Objectif : arrêter la certification par le Congrès de l’élection du démocrate Joe Biden. Motif : la fraude qui aurait massivement entaché le scrutin – grand gros mensonge démonté par toutes les instances locales et fédérales qui ont eu à contrôler les opérations de vote. On sait la tournure prise par cette « marche » : émeute, assaut, chaos, cinq morts. « Une entreprise de sédition (…), une insurrection contre l’Etat de droit qui restera comme une tache indélébile dans l’histoire du pays », dit George Will, l’un des pontes de la pensée conservatrice aux Etats-Unis.

Le FBI a déjà inculpé 400 personnes. Il y a aussi une enquête interne du Congrès sur les manquements des services de sécurité du Capitole. Mais il s’agissait, avec ce projet de commission bipartisane, de mettre au clair les soubassements politiques du 6 janvier, et notamment le rôle de l’ultradroite dans sa préparation. Bon nombre de questions sont toujours sans réponse, à commencer par celle-là : que faisait Trump pendant l’assaut ?

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