Avignon : Kornel Mundruczo, la pesanteur et la grâce

« Une femme en pièces », de Kata Wéber, mise en scène par Kornel Mundruczo au Festival d’Avignon, en juillet 2021.

Choc ou pas choc ? On met la question sur le ring, à propos d’Une femme en pièces, version remastérisée théâtre du film du même nom, présentée à Avignon par le cinéaste hongrois Kornel Mundruczo. A ma gauche, un public qui, dans sa grande majorité, a acclamé le spectacle lors de la première avignonnaise, samedi 17 juillet. A ma droite, quelques critiques, dont nous sommes, qui sont restés dubitatifs devant cet objet hybride, boursouflé mais non dénué de talent.

Pourquoi Kornel Mundruczo a-t-il souhaité adapter au théâtre, avec des acteurs polonais, son dernier film, qui aurait dû sortir au temps du Covid-19 et qui a fini par être diffusé sur Netflix en janvier ? Peut-être simplement parce qu’Une femme en pièces est, à l’origine, une pièce, écrite par Kata Wéber. Mais le rapport entre cinéma et théâtre est au cœur des questions que pose cette création.

Lire aussi : « Pieces of a Woman », sur Netflix ou le déchirement de la perte d’un nouveau-né

D’abord parce qu’il s’agit d’une forme mixte cinéma-théâtre, comme on en voit désormais beaucoup sur les plateaux. Les spectateurs qui ont vu le film savent que l’histoire commence avec une longue scène d’accouchement, qui se solde par un bébé mort-né. Kornel Mundruczo a souhaité représenter cette scène de manière réaliste, ce qui est évidemment impossible au théâtre. Il choisit donc de la filmer, en un long plan-séquence de vingt-sept minutes, tourné en live tous les soirs derrière la façade du décor, sur laquelle le film est projeté en direct.

Jusque-là, tout va bien. On assiste à une séance de cinéma d’où le théâtre est absent, mais la performance est d’une intensité indéniable, voire insoutenable pour certains spectateurs. Après, tout se gâte. Le théâtre entre en scène, un théâtre familial lourdement réaliste et daté, qui se dévoile après que les façades du décor ont été – laborieusement – démontées en direct.

Actrice absolument magnifique

On est six mois après le drame et Maja, la jeune femme qui a perdu son bébé, se retrouve confrontée aux membres de sa famille. Sa mère, notamment, s’est mis en tête que sa fille devait traduire en justice la sage-femme qui a mené son accouchement à domicile. Ce que Maja refuse, catégoriquement. Le plus beau, dans Une femme en pièces, c’est ce personnage de jeune mère qui choisit de vivre son chagrin comme elle l’entend, sans le nier ni le contourner, ni le mettre en scène selon les convenances. Le deuil lui appartient, qu’elle ne veut rentabiliser d’aucune sorte.

Le dialogue entre cinéma et théâtre apparaît ici bien manichéen

L’actrice qui joue cette jeune femme est absolument magnifique. Justyna Wasilewska, avec sa grâce et sa force intérieure, porte le spectacle. Mais son jeu tranche avec celui de la plupart de ses camarades, qui ont tendance à en faire des tonnes dans le style Actors Studio. Quant au dialogue entre cinéma et théâtre, il apparaît ici bien manichéen, au regard des formes sophistiquées qui se sont développées ces dernières années, avec des metteurs en scène comme Frank Castorf, Christiane Jatahy, Cyril Teste ou Ivo van Hove.

Il vous reste 17.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.