« AVUS, un circuit automobile de légende » : Arte s’invite dans la cour de l’ogre

Le pilote allemand Bernd Rosemeyer (1909-1938), sur le circuit automobile AVUS, à Berlin, en 1937.

ARTE – JEUDI 23 SEPTEMBRE À 11 H 55 – DOCUMENTAIRE

C’est l’histoire d’un ogre. Un ogre aujourd’hui assoupi aux portes de Berlin. Devenu, depuis 1995, une simple portion d’autoroute, au sud-ouest de la capitale, l’Automobil-Verkehrs-und Übungs-Strasse (AVUS, « piste d’essai et de circulation »), qui devait fêter ses 100 ans cette année, fut l’un des circuits les plus rapides et les plus dangereux au monde. Un circuit mythique et meurtrier ; mythique parce que meurtrier.

Ses deux longues lignes droites de 10 kilomètres reliées au nord par un vertigineux virage relevé virent s’affronter jusqu’à la mort des pilotes aujourd’hui entrés dans la légende, les Caracciola, Rosemeyer, Hans Stuck, von Trips, Fangio, gladiateurs des temps modernes.

Le « mur de la mort »

Arte nous fait visiter l’histoire et les coulisses du circuit, son destin étroitement lié à celui de l’Allemagne du XXe siècle. Des images glaçantes de Goebbels venant se féliciter, en 1937, du triomphe des « flèches d’argent » (les Mercedes) au Grand Prix d’Allemagne, sous les yeux de 380 000 spectateurs, à celles des Allemands de l’Est autorisés à franchir le mur de Berlin pour venir célébrer les champions qui ne connaissaient, eux, que le mur de la vitesse. Et feignaient de mépriser le « mur de la mort », ainsi que fut rapidement baptisé le virage relevé.

« On venait assister aux courses pour voir les pilotes jouer leur vie », rappelle Bettina Gundler, directrice du Deutsches Museum de Munich. L’AVUS fut « un miroir de la société allemande dans toute sa diversité », précise le journaliste automobile Ulf Schultz, 42 ans, né à deux pas de là, qui n’hésite pas à parler de « route de la liberté ». Certains Berlinois emporteront des morceaux du virage lors de sa démolition en 1967, « comme lorsque le mur de Berlin est tombé », relate un ancien spectateur qui assista au dernier Grand Prix organisé là, en 1959. Il ajoute avec regret : « Aujourd’hui, je me dis que j’aurais dû en conserver quelques briques… »

Le tracé de l’AVUS, au lendemain de la Grande Guerre, a entraîné une percée au cœur de la forêt de Grünewald, au grand dam des Berlinois. « Les premiers mouvements de protection de la nature sont tout de suite montés au créneau pour protester », raconte Frank Steinbeck, curateur du Deutsches Technikmuseum de Berlin. Soixante ans avant leur entrée au Bundestag en 1983, les futurs Verts pointent déjà à l’horizon…

Les passionnés français, eux, retiendront ce 1er août 1959 qui vit Jean Behra, détenteur du record de vitesse sur l’AVUS, décoller sans retour du fameux virage relevé au volant de sa Porsche. « A cette époque, on côtoyait la mort en permanence », se souvient, ému, Hans Hermann, 93 ans, son ami pilote allemand. Lui réchappa miraculeusement, ce même week-end, d’une spectaculaire série de tonneaux qu’il préféra risquer plutôt que de voir sa voiture privée de freins partir dans la foule. Parfois, l’ogre restait sur sa faim…

AVUS, un circuit automobile de légende, documentaire d’Elias von Salomon (All., 2021, 52 min.). Sur Arte.tv jusqu’au 21 mars 2022.