« “BAC Nord” résonne avec une avalanche de faits dramatiques qui font l’actualité depuis des années »

Sur le tournage du film « Bac Nord ».

Chronique. Le film BAC Nord crée la surprise depuis que la pandémie joue avec les nerfs du cinéma. Près de 900 000 entrées en deux semaines. C’est énorme et le rythme ne faiblit pas. Sauf que cette fiction de Cédric Jimenez, centrée sur trois flics impuissants face au trafic de drogue dans les quartiers nord de Marseille, qui bafouent leur déontologie dans le but de le freiner, subit des attaques : elle serait pro-policiers, réduirait les jeunes des cités à des animaux, exagérerait la violence, ferait même le jeu du Rassemblement national. La salve prouve que les « quartiers » seront bien un sujet de l’élection présidentielle. La façon de les représenter aussi, tant films et séries forgent un imaginaire collectif.

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Cédric Jimenez voit les choses autrement. Il n’a pas voulu radiographier une cité, mais « montrer pourquoi des policiers, broyés par un système, dérapent ». Il est un des rares cinéastes français à filmer « à l’américaine », à tenir en haleine le spectateur, à faire monter la tension, notamment lors d’une scène hallucinante de vingt minutes où des flics prennent d’assaut un immeuble. Comme dans une guerre civile.

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Le 13 juillet, au Festival de Cannes, Cédric Jimenez a dû affronter la critique. Le journaliste irlandais de l’Agence France-Presse (AFP) Fiachra Gibbons a ouvert le bal des questions par son sentiment : il trouve le film « très fort », mais il est « gêné » que les jeunes de Marseille soient uniquement « des bêtes », se demandant même s’il ne va pas « voter Le Pen » après l’avoir visionné.

Il est vrai que dans BAC Nord, au-delà de l’histoire, on perçoit cela : il existe en France des zones de non-droit ; les policiers y sont interdits et risquent beaucoup ; les trafiquants de drogue sont armés, toujours plus jeunes, et ils n’ont peur de rien ; leurs mots sont structurés par l’injure. Se dessinent finalement un séparatisme et l’impossibilité d’un contrat social.

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Ça n’a pas loupé. A l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron à Marseille, du 1er au 3 septembre, Marine Le Pen a tweeté : « Alors que le président va faire son show médiatique, la réalité, c’est BAC Nord ! Allez le voir ! » Le cinéaste, qui a grandi dans ce Marseille difficile, pour qui la solution passe par la formation et les moyens, bien plus que par la répression, et dont les idées politiques sont loin de celles de l’extrême droite, se dit affligé, mais il n’en démord pas : « Ne pas montrer ce que je perçois par crainte d’être récupéré, c’est le choix du pire. » Jimenez a aussi reçu nombre de soutiens, dont celui de Nicolas Mathieu, Prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (Actes Sud, 2018). Sur son compte Instagram, l’écrivain salue un film où « l’Etat se corrompt et les voyous se constituent en institution ». Il ajoute surtout que le cinéma n’a pas à « représenter les intérêts de la société ». Au contraire.

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