Baptiste Beaulieu, médecin et écrivain : « Le milieu médical nous demande de ne pas exprimer nos émotions »

Baptiste Beaulieu, médecin généraliste et romancier, le 17 décembre 2020.

A force, tous ont fini par le connaître au café des Ombres-Blanches, célèbre librairie toulousaine. Baptiste Beaulieu entame un brin de causette avec une vendeuse, avant de commander son café frappé à l’orgeat. Le médecin généraliste de 36 ans, installé dans la Ville rose, a ses habitudes : il passe la moitié de la semaine dans ce patio au silence quasi religieux. Un « sanctuaire » consacré à son deuxième métier, avec lequel il partage aujourd’hui sa carrière médicale, celui d’écrivain. « Avoir un lieu dédié à cette activité était vital pour déconnecter à la maison », remarque-t-il, à peine descendu de vélo, entre deux visites. Baptiste Beaulieu s’est fait connaître en 2013 avec son blog « Alors voilà », récit sensible et décomplexé de son quotidien d’interne en médecine et des coulisses des urgences, devenu un livre à succès.

Quand il ne reçoit pas de patients, il travaille sur un nouveau roman ou recueil de poésie – son petit dernier La Joie et le reste (Iconoclaste, 13 euros), réflexion intime sur sa foi catholique et son homosexualité, est paru le 7 octobre – ou pour l’émission « Grand bien vous fasse », sur France Inter, où il est chroniqueur. Sur les antennes et dans des actions militantes, il défend une médecine « humaniste », où le lien soignant-soigné est mis au centre, et s’engage contre le sexisme, l’homophobie et le racisme dans le milieu médical. Une sensibilité apparue au cours de ses études de médecine, durant lesquelles il apprend à accepter son orientation sexuelle.

Dans quel univers avez-vous grandi ?

Mes parents ont grandi à Noisy, en banlieue parisienne, de pères cheminots. Une fois adultes, ils ont voulu s’en extraire et se sont rendus à Toulouse, où ils ont connu des années difficiles de précarité dans notre petite enfance. Il a vite fallu quitter le centre-ville pour dénicher en périphérie un habitat décent. Le soir, je trouvais mon père plongé dans des livres sur le commerce, sa vraie passion, qu’il avait dû abandonner pour trouver rapidement un job alimentaire. Un jour, il a dégoté un boulot dans une grande banque. Il a cartonné et notre niveau de vie a changé très brusquement. Mais ma mère a toujours gardé des réflexes de ces années de précarité… dont j’ai hérité.

J’ai eu une enfance très heureuse avec des parents qui, s’ils se débattaient comme tous avec leurs névroses, ne manquaient pas d’amour et deux sœurs. L’une d’elles, Anna, a été adoptée quand j’avais 4 ans. Cela m’a très vite appris l’altérité. Elle est noire, et quasiment toujours la seule dans sa classe. Il a fallu gérer très tôt la merde que les gamins ont parfois dans la tête, en voyant ma sœur rentrer en pleurs de l’école pour des mots qu’un enfant ne devrait jamais avoir à entendre.

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