« Barbaque » : la chasse aux végans est ouverte

Marina Foïs et Vincent Eboué dans le film « Barbaque ».

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Analyste expéditif des dossiers politiques dérapants – l’esclavage dans Case départ (2011), la corruption des édiles africains dans Le Crocodile du Botswanga (2014), la religion dans Coexister (2017) –, l’humoriste et réalisateur Fabrice Eboué se farcit aujourd’hui les végans, aux petits oignons. Foin des demi-mesures, le réalisateur, vraisemblablement amateur d’entrecôtes, suscite pour régler la question l’existence d’un couple de bouchers anthropophages, Vincent et Sophie Pascal. Des prénoms partout… déjà la peur s’installe.

Choix de la simplicité biblique en tout cas, qui dit que ceux qui empêchent leur prochain de manger ou de vendre de la viande seront eux-mêmes consommés en tant que viande. Restait à inventer le boucher idoine, dans l’histoire d’un art qui en produisit quelques juteux phénomènes, depuis la sympathique famille de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) jusqu’à l’esthète Clapet de Delicatessen (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1991).

Eboué, n’y allant pas par quatre chemins, a apparemment trouvé en lui-même les ressources de cette incarnation, se composant un profil à la fois hébété et exorbité, plongeant dans l’horreur avec un cartésianisme bien de chez nous. Il s’adjoint une compagne de premier choix en la personne de Marina Foïs, spectatrice d’excellence de Christophe Hondelatte et de ses histoires de tueurs fous, véritable Lady Macbeth du steak haché, mauvais génie absolu, barbotant dans le cloaque du néant moral.

Atrocement drôle

Le hasard lance toute l’affaire. Monsieur et Madame, couple laminé et peinant en son commerce, se font attaquer par une bande de végans masqués, qui saccagent leur boutique et laissent Vincent sur le carreau. Quelques jours plus tard, de retour d’un repas chez un couple d’amis bouchers cryptofascistes dont ils jalousent la réussite, ils croisent en voiture l’un de leurs jeunes agresseurs à vélo. Vincent voit rouge et lui roule dessus.

Un quiproquo sert à lancer la fable : démembrant nuitamment sa victime dans son arrière-boutique, Vincent a l’idée de le transformer en viande pour s’en débarrasser plus discrètement. Levée plus tôt que lui, Madame, trouvant un nouveau jambon, en coupe le lendemain quelques tranches à une cliente. L’engrenage est mis en place, et tout le quartier réclame bientôt ce jambon à la saveur nouvelle, que Vincent, champion de l’impro inepte, fait passer pour du porc iranien.

Le reste du film consistera – sur cette idée atrocement drôle mais, contrairement aux apparences, un peu maigre – à fournir. D’abord de la viande, et ensuite des idées pour atteindre l’heure et demie dans le scénario. La première condition est satisfaite : toutes couleurs, tous genres et toutes corpulences confondus sont consommés dès lors qu’il s’agit de végan, en s’arrêtant juste avant l’abominable tentation de se servir aussi chez leurs enfants. La seconde, en revanche, est beaucoup plus difficile à tenir, d’autant que le film tient absolument tous ses protagonistes pour des cons. Le ressort s’en use donc rapidement, et la piste de la vraie monstruosité – chloroformée par le grand-guignol – ne fait hélas qu’effleurer le film.

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