Barbara Chase-Riboud reçoit des honneurs tardifs du monde de l’art

Barbara Chase-Riboud posant devant ses sculptures en hommage à Malcolm X, dans la Michael Rosenfeld Gallery de New York, en 2017.

Elle fut celle qui osa poursuivre Steven Spielberg et son film Amistad (1997) devant les tribunaux américains pour plagiat de l’un de ses grands romans historiques documentant une révolte d’esclaves de 1839 – un arrangement confidentiel conclut le différend juste avant les Oscars. Elle encore qui apporta sa « contribution à l’histoire américaine » dès son premier roman, La Virginienne, paru en 1979, au sujet de Sally Hemings, esclave métisse qui partagea secrètement la vie du président américain Thomas Jefferson – des tests ADN après la sortie du livre sont venus confirmer ses recherches.

C’est elle encore qui, après la mort de George Floyd, en mai 2020, alors que le déboulonnage de sculptures représentant des esclavagistes était discuté, proposa d’ériger son Africa Rising (1998) en lieu et place de la statue représentant Theodore Roosevelt en conquérant devant le Museum d’histoire naturelle de New York. Cette sculpture monumentale, abritée non loin, dans le bâtiment du FBI, représente Saartjie Baartman, cette « Vénus hottentote » réduite en esclavage au début du XIXe siècle et exhibée en France comme une bête de foire, et à laquelle elle a également consacré un roman, en 2003.

Si, par les mots comme par le dessin et ses sculptures, Barbara Chase-Riboud n’a cessé de donner de la visibilité aux luttes et crimes effacés de la mémoire officielle, en France, où elle est pourtant installée depuis 1961, elle reste aujourd’hui une quasi-inconnue dans le milieu artistique. Mais 2021 ressemble à une année de rattrapage pour l’artiste de 81 ans à la frêle silhouette.

Créativité et productivité hors norme

En début d’année, elle recevait le Prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière de l’association Aware (doté de 10 000 euros). Quelques mois auparavant, à New York, où se concentre la majorité de ses collectionneurs, elle était lauréate de l’équivalent américain de ce jeune prix français : le prix Anonymous Was a Woman (doté de 20 500 euros). Les deux visent à sortir de l’ombre des artistes femmes injustement méconnues. Et la sculptrice est de nouveau à l’honneur à Paris, où elle vient de se voir décerner, début juin, le grand prix artistique de la Fondation Simone et Cino Del Duca, au sein de l’Académie des beaux-arts (une récompense dotée de 100 000 euros). A la rentrée 2020, une exposition qui a fait acte de redécouverte, imaginée par le commissaire Guillaume Désanges sous La Verrière de la Fondation d’entreprise Hermès, à Bruxelles, est venue précéder ce chapelet de reconnaissances tardives.

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