« Barbra Streisand : naissance d’une diva », sur Arte : l’irrésistible ascension d’une star planétaire

Barbra Streisand  dans « The Mirror Has Two Faces » (1996).

ARTE – VENDREDI 13 AOÛT À 22 H 25 – DOCUMENTAIRE

Un nom trop « juif », qu’on lui conseillait de changer ; un nez trop « juif », qu’on lui suggérait de modifier ; une laideur présumée que ses camarades saluaient de « mocheté » en yiddish, dans la cour d’école d’un quartier orthodoxe de Brooklyn et qu’elle verra un jour noté sur une fiche de casting : de tout cela, l’actrice et chanteu­se Barbra Streisand, née en 1942, fera une force.

Non seulement Barbara Joan Streisand ne changera pas son nom – seu­lement son prénom, en « Barbra » – mais elle mettra en scène ce nez, en se faisant photographier de profil, en bravache… pied de nez au monde entier. Et le fera en quelque sorte oublier par ce regard voluptueux et hypnotique qui est à l’image de sa voix à la sensualité digne d’un enveloppant cachemire.

Si l’on voulait reprocher une seule chose à l’excellent documentaire de Nicolas Maupied, Barbra Streisand : naissance d’une diva (2017), que rediffuse Arte cet été, c’est d’affirmer qu’elle fit « une conquête au féminin éclatante et sans précédent ». Car il y eut un précédent : Fanny Brice (1891-1951) – Fanny Borach de son vrai nom –, le modèle du personnage de Funny Girl, qui rendra Streisand célèbre à la scène, en 1964, dans la comédie musicale, et, quatre ans plus tard, dans le film de William Wyler.

Par la force d’un caractère trempé, Fanny Brice était devenue l’une des actrices les mieux payées de son temps. Si Brice n’a joué que des rôles comiques pour l’essentiel, Streisand ira beaucoup plus loin. Au risque d’être considérée comme une enquiquineuse qui voulait à tout prix tout contrôler, elle contrôlera tout en effet.

Voix souple et pulpeuse

Engagée politiquement, libre de sa vie sexuelle et sentimentale, pliante dans des rôles comiques – jusqu’au récent Meet the Fockers (2004), de Jay Roach –, émouvante dans des mélodrames, Barbra Streisand s’imposera comme une star planétaire. Et elle ira sans ciller jusqu’au bout du projet d’un film dont personne ne voulait : Yentl (1983), une adaptation, avec chansons et musique, d’une nouvelle d’Isaac Bashevis Singer, qu’elle écrit, produit, interprète et dirige.

Et puis il y a cette voix, souple, pulpeuse, juste et longue. Elle lui permettra de chanter les standards de Broadway, le jazz comme la pop (albums vendus par millions) et même le classique, avec le légendaire et délicieusement sirupeux Classical Barbra, arrangé pour elle par Claus Ogerman, enregistré en 1973 et sorti seulement trois ans plus tard.

Une technique remarquable lui permettra de chanter jusqu’à l’âge de 74 ans (en 2016), ainsi qu’en témoigne le concert Barbra, The Music… The Mem’ries… The Magic ! proposé en 2017 par Netflix (où il est toujours disponible). La voix n’a plus tout à fait le tonus de ses débuts, mais sa pulpe envoûtante, elle, n’a rien perdu de sa magie originelle.

Barbra Streisand : naissance d’une diva, documentaire de Nicolas Maupied (Fr., 2017, 58 min). Disponible à la demande sur Arte.tv jusqu’au 12 octobre.