Baro d’evel, duo d’acrobates en quête d’un art total

Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, le 12 mars 2018, au Prato, à Lille.

« Moi qui n’aime pas trop la techno, je me suis lâchée en voyant tous les jeunes danser comme des fous », s’exclame, épatée, la metteuse en scène et acrobate Camille Decourtye, de la compagnie Baro d’evel. « On a même eu du mal à les arrêter et faire la fermeture », s’amuse Blaï Mateu Trias, son compagnon, codirecteur de la troupe. Auréolés d’un brin de soleil matinal, adossés à leur camionnette, les deux artistes commentent leur folle soirée de la veille. Jeudi 14 octobre, leur duo Mazut (2012), assorti d’un concert et d’un atelier de sérigraphie, a fait salle comble et tanguer le public du Théâtre de la Cité à Toulouse.

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Cette soirée de fête donne la saveur de l’univers hautement singulier de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias. « Nous défendons le mélange des genres, précisent-ils. Un des interprètes qui collabore avec nous raconte que son premier souvenir de Baro d’evel a été de nous voir en train de fabriquer un mur de papier de 80 affiches collées les unes sur les autres. » Ce couple multi-outillé dit rêver d’« un art total sans hiérarchie, qui commence avant le spectacle et se poursuit après, avec la nécessité de relier le quotidien et le travail ».

Tissant naturellement, au milieu d’animaux, l’acrobatie, la danse, le chant, la musique, les arts plastiques, ils relient les techniques par un fil existentiel fragile, pariant sur la rencontre avec l’autre et l’équilibre des forces en présence. « Nous nous mettons à nu et passons par des états pas possibles, reconnaît Camille Decourtye. Les questions intimes que l’on met en jeu ne sont évidemment jamais résolues sur scène mais participent de la nécessité de nos créations. »

Répétitions dans la cave à vin

En tournée depuis le 5 octobre avec trois pièces, Baro d’evel, qui signifie « Bon Dieu, bon sang ! » et encore « branquignol » en manouche, s’offre une année non-stop de diffusion dans toute la France et à l’étranger. « On est tous remontés à bloc, affirme Blaï Mateu Trias. Après la crise sanitaire que nous venons de traverser, permettre à une équipe de remplir les salles par monts et par vaux est une chance. » Avant de prendre la route jusqu’en juillet 2022, ils révisent leur planning dans leur Cave, une ancienne coopérative de vins située près de Lavelanet-de-Comminges (Haute-Garonne), à quarante-cinq minutes de Toulouse.

Ce lieu de répétitions « beau comme un vieux paquebot » avec vue dégagée sur les Pyrénées se veut aussi un grand projet collectif. Chaque premier vendredi du mois, un film, une conférence sont proposés gratuitement. « Nous y accueillons d’autres troupes, commente Camille Decourtye en nous guidant dans les différents étages. On va y créer un espace de recherche entre environnement et société, avec des spectacles mais aussi des ventes de produits locaux… On va planter une vigne dans le champ d’à-côté, faire du vin et on a même songé y ouvrir un garage. On sait combien la voiture est importante en milieu rural. » En contrebas, les caravanes et les trois semi-remorques attendent le départ.

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