Bataille Suez-Veolia, bisbilles chez Rothschild ou Lagardère… qui sont les « M. Bons Offices » capables de réconcilier les patrons ennemis

Bonjour messieurs, à supposer que vous l’acceptiez, votre mission consiste à négocier un cessez-le-feu entre le réassureur SCOR et l’assureur mutualiste Covéa (MAAF, MMA, GMF), qui se livrent une guerre sans merci depuis près de trois ans. Bien sûr, si vous échouez, cette mission n’aura jamais existé. Quand, le 4 mai, Jean-Paul Faugère, le gendarme des assureurs, convoque dans son bureau deux honorables vétérans de la profession, Jean-Claude Seys et Claude Tendil, la scène a un air de déjà-vu. Forcément : on se croirait au début d’un épisode de Mission impossible.

Denis Kessler, le PDG de SCOR, et Thierry Derez, celui de Covéa, se déchirent à coups de déclarations fracassantes et d’assignations. Ce sont les Capulet et Montaigu de la dommage habitation, les O’Hara et O’Timmins des couvertures santé. La querelle a surgi quand Covéa a proposé de racheter SCOR, en août 2018. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), dont la responsabilité est de veiller sur la stabilité du système financier, a déjà tenté d’organiser une médiation, en mai 2019. Sans succès.

Nommé, en septembre 2020, à la vice-présidence de l’ACPR, Jean-Paul Faugère redoute que cette rixe n’empoisonne sa mandature. SCOR et Covéa, ce sont deux institutions majeures de la place de Paris. L’immeuble de l’ACPR en est le meilleur symbole : sis dans le XIXarrondissement, le bâtiment vitré, avec vue imprenable sur les jardins entourant le siège de Covéa, a longtemps appartenu à SCOR. Le haut fonctionnaire donne un mois au tandem pour réussir sa mission. Bonne chance Jean-Claude, bonne chance Claude.

« A un moment, les parties sont contraintes de s’entendre »

Est-ce une coïncidence ? Une (autre) épidémie ? Depuis le début du printemps, le capitalisme français réinterprète avec entrain la pièce d’Eugène Labiche (1815-1888) Embrassons-nous, Folleville ! (1850). Coup sur coup, en avril, Veolia et Suez ont paraphé un accord de paix, suivis par Vincent Bolloré (Vivendi), Bernard Arnault (Groupe Arnault, LVMH) et Arnaud Lagardère (Groupe Lagardère), avec la bénédiction du fonds activiste Amber. Et maintenant, SCOR et Covéa ? Difficile de croire à une épiphanie collective chez les patrons. S’ils enterrent la hache de guerre, c’est évidemment parce qu’ils y trouvent leur intérêt.

« Dans tout conflit, il arrive un moment où les parties sont contraintes de s’entendre, souligne l’expert-comptable René Ricol, “rabibocheur 1er” des affaires parisiennes. Il peut y avoir plusieurs motifs à cela. Parce que la pression de l’environnement est trop forte, parce que les deux camps s’appauvrissent ou parce que les risques judiciaires, en particulier pénaux, deviennent trop élevés. »

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