BB, l’explosion d’un phénomène mondial

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Publié aujourd’hui à 20h38

« C’est la plus belle gonzesse que j’aie jamais vue. » Le diagnostic de Jean Gabin, après une dure journée de travail, est sans appel. Le 7 décembre 1957, le comédien se retrouve pour la première fois face à sa partenaire, aux studios de Joinville, pour le tournage d’En cas de malheur.

La rencontre est minutieusement scénarisée par le cinéaste Claude Autant-Lara qui place sa caméra dans le dos du comédien, afin que le spectateur ressente le même émoi que l’acteur. Ce sera la séquence emblématique du film : Brigitte Bardot relève la jupe de son tailleur, laisse apparaître ses jarretelles et ses bas, avant que la caméra ne filme en contrechamp ses fesses qu’elle pose de trois quarts sur un bureau. Cette fois, Gabin peut seulement imaginer les formes « offertes » au spectateur. Mais il a droit à ces mots : « Autant que vous en profitiez avant qu’ils me mettent en prison. »

Jean Gabin, ténor du barreau dans le film, reçoit une jeune délinquante, incarnée par Bardot, qui, après avoir braqué un vieux bijoutier avec un pistolet d’enfant, cherche à convaincre l’avocat de plaider sa cause. La scène de leur rencontre reste inoubliable, autant pour la Bardot provocante que pour le Gabin la scrutant, saisi, à 53 ans, par le désir, et pour toujours prisonnier de celui-ci. « C’était très érotique, très insolent, dit dans un silence total, écrit Bardot dans ses Mémoires. Il fallait que je remonte ma jupe devant Gabin, ça ne se faisait pas à cette époque. A un millimètre près, c’était très délicat. »

Ligues de vertu

Cette rencontre a failli ne pas avoir lieu. Dès qu’il signe son contrat, en février 1957, pour jouer dans En cas de malheur, Gabin n’a plus envie de partager l’affiche avec une actrice trop loin de son standing à lui. Et puis, à son aise dans les films d’hommes virils, il goûte peu, c’est un euphémisme, la réputation sulfureuse de BB au point de la réduire à « une chose qui se promène toute nue ». Il sait enfin que le premier film où elle tient le rôle principal, Et Dieu… créa la femme, a été un bide lors de sa sortie en France, l’année précédente. Alors, la star aux cheveux drus et blancs n’entend plus tenir son engagement, au point d’être traîné sur le plateau par huissier.

Mais voilà, l’actrice qu’il contemple dix mois plus tard dans cette scène d’En cas de malheur n’est plus celle qu’il imaginait. Face à la chorégraphie érotique de l’actrice, Gabin, un éclair dans ses yeux bleus, lâche, sans décoller les lèvres : « J’aime les grandes femmes. Vous êtes grande, aussi je vous aime. » La formule est à lectures multiples. Celle qu’il faut garder aujourd’hui est symbolique. Gabin ne s’adresse plus à une starlette de 24 ans mais à un phénomène. Mieux, il assiste à l’émergence d’un monde nouveau. Car il y a eu, entre-temps, une déflagration Bardot, un tremblement de terre même, dont les secousses se ressentent dans le monde entier. Cette scène d’En cas de malheur en constitue un concentré.

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