« Bébert et l’omnibus » sur Ciné+ Classic : un regard cocasse sur la France périurbaine des années 1960

Bébert (Martin Lartigue) et l’inspecteur de la SNCF Barthoin (Michel Serrault) dans « Bébert et l’omnibus » (1963), d’Yves Robert.

CINÉ+ CLASSIC – VENDREDI 22 OCTOBRE À 22 H 25 – FILM

Personne aujourd’hui n’est plus surnommé « Bébert », diminutif de Robert, à moins d’être septuagénaire ; les omnibus, qui marquaient un arrêt à toutes les gares, ont été remplacés par des TER, des RER ou des « cars Macron ». C’est dire si la vision du film d’Yves Robert, cinquante-huit ans après sa sortie, nécessite une petite remise à jour.

En 1963, les ados roulaient à vélo. Les adultes menaçaient les enfants de torgnoles pour un oui pour un non. On vendait de tout à la Samaritaine, grand magasin parisien aujourd’hui promis à une seconde vie dans l’hôtellerie de luxe. Les vacances d’été étaient le Graal d’une année de labeur. Les trains roulaient lentement, mais tout le monde était desservi. Des agents débonnaires savaient se mettre en quatre pour assurer la réputation de la SNCF et la grandeur du service public. Ce soir, les anciens se laisseront-ils gagner par leurs souvenirs, et les enfants par le charme suranné de ce film tendre et bienveillant ?

Bébert, tyrannique et anar

L’histoire tient sur un ticket de train. Alors que toute la famille Martin, résidant en Seine-et-Marne, fait ses derniers achats à la « Samar », afin de préparer son départ en vacances, elle laisse Bébert (Martin Lartigue), enfant rêveur et farceur, sous la surveillance de son aîné, Tiennot (Jacques Higelin), chargeant ce dernier de le ramener en train à Tournan-en-Brie, berceau de la famille. Mais Tiennot préfère courir les filles et perd son petit frère en chemin. Et tout le monde de partir à la recherche de Bébert, transformant le film en road-movie seine-et-marnais, où se croisent trains à vapeur, vélo mi-course, moto et 403 de la gendarmerie nationale.

Tourné après le succès de La Guerre des boutons (1962), du même Yves Robert, Bébert et l’omnibus est construit pour et autour de la bouille pouponne et espiègle de Martin Lartigue, crédité au générique sous le pseudo de « Petit Gibus », le personnage qu’il interprétait dans l’adaptation du livre de Louis Pergaud. Mais, alors que le premier film met aux prises deux bandes d’enfants, Bébert et l’omnibus place un enfant en face d’adultes revêtus, pour la plupart, d’uniformes, représentants l’autorité (paternelle et institutionnelle) – Pierre Mondy (chef de gare), Michel Serrault (inspecteur de la SNCF), Jean Lefebvre (agent d’entretien), Jean Richard (le père) – que Bébert, tyrannique et anar, finit par transformer en larbins soumis à ses caprices.

Le film musarde, s’attarde… mais, avantage du temps qui passe, il a, en quelques décennies, ajouté à sa réputation de film de famille une dimension inattendue et salvatrice. C’est aujourd’hui un documentaire cocasse sur la vie quotidienne dans les zones périurbaines au début des années 1960. Et peut-être sur une certaine douceur de vivre.

Bébert et l’omnibus, d’Yves Robert (Fr., 1963, 100 min). Avec Martin Lartigue, Michel Serrault, Pierre Mondy, Jean Richard.