Benjamin Coriat : « De la difficulté de soumettre à une analyse coût/bénéfice toute mesure contre le dérèglement climatique »

Tribune. Dans une tribune au Monde [publiée le 03 septembre], postérieure à la publication du rapport remis le 23 juin au président de la république sur « Les grands défis économiques », Christian Gollier et Jean Tirole, deux membres éminents de la commission qui a travaillé à ce rapport, précisent leur proposition sur un point essentiel. Après avoir réitéré que l’extension du marché carbone reste la mesure phare à introduire, ils précisent que toute autre mesure prise par les pouvoirs publics (sont citées en particulier « la mise en place des normes, des infrastructures, des formations aux nouveaux métiers verts” » ) doit être soumise à une analyse coût/bénéfice préalable. Selon les auteurs en effet, « il est crucial de doter ces actions publiques d’outils d’évaluation socio-économique fondés sur l’estimation des coûts par tCO2 ».

En cela, Gollier et Tirole ne font que développer la proposition déjà formulée dans le « Rapport Blanchard-Tirole » où l’on peut lire que, pour toute mesure complémentaire au marché carbone, il convient « de s’appuyer sur une analyse coûts/bénéfices complète et systématique » (p. 149). Cette assertion s’appuie sur le fait que toutes les mesures ne sont pas d’une égale efficacité. C’est ainsi notent-ils que « remplacer la voiture thermique par la voiture électrique reste coûteux pour la collectivité : 200 à 300 euros par tonne de CO2 évitée (tCO2e) en 2025 ». De même, dans l’habitat, rapportent-ils, « le mécanisme de certificats d’économies d’énergie incitant les ménages à mieux isoler leur habitation coûtait environ 350 euros par tCO2e » alors que « en comparaison, le remplacement d’une chaudière au fioul par une pompe à chaleur a un coût de l’ordre de 50 euros par tCO2e ».

Quel « taux d’actualisation » ?

Cette proposition semble frappée au coin du bon sens. Qui choisirait de dépenser d’avantage là où l’on peut dépenser moins ? Pourtant, la proposition des auteurs, aussi « évidente » qu’elle paraisse, se heurte à de solides objections.

La première tient à la nature même et aux difficultés intrinsèques que présente l’analyse coût/bénéfice. Sur quel horizon la conduit-on ? Deux ans, cinq ans ? Vingt ans ? De même, n’intègre-t-on que les coûts et bénéfices de la mesure analysée sur son environnement immédiat, ou prend-on en considération ses effets d’ensemble sur l’économie et la société ?

« N’est-il pas temps d’abandonner l’idée qu’il faut faire entrer le climat dans l’économie pour réfléchir à la meilleure manière de faire entrer l’économie dans le climat ? »

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