Benjamin Whitmer : « Tant la brutalité que la violence quotidienne du travail de la police sont totalement ignorées dans les livres américains sur la police »

Benjamin Whitmer est l’auteur de Pike, Cry Father, Evasion et Les Dynamiteurs (Gallmeister, 2012, 2015, 2018 et 2020).

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« Mon meilleur ami, Paul Schenck, a été assassiné par la police. La version courte est qu’il a été tué dans son petit appartement, terrifié et seul, cerné par près de cent policiers et membres du SWAT [une unité d’intervention], à bord de véhicules blindés et d’un hélicoptère. Il avait eu une journée difficile et longtemps lutté contre l’alcoolisme et la maladie mentale, et lorsque la police locale s’est présentée pour enquêter sur un trouble à l’ordre public, elle a provoqué une fusillade avec lui.

Paul n’a pas reculé, et il savait qu’ils allaient le tuer, alors il a tiré près de 200 coups une fois qu’ils ont déclenché l’assaut. (Même s’il ne leur tirait pas principalement dessus : j’ai traversé son appartement avec son fils une semaine plus tard, presque toutes les plinthes autour de la tache de sang, là où ils l’avaient buté, étaient criblées de balles. Il tirait surtout sur les murs pour essayer de les retenir.) Enfin, la police a utilisé l’un des véhicules blindés pour l’inciter à tirer. Et puis, quand le feu de son arme a indiqué sa position, l’un des tireurs d’élite qui rôdaient à l’extérieur a eu un bon angle de tir et a visé Paul à la tête.

Le pire, c’est que sa fille de 13 ans, ma filleule, suppliait qu’on la laisse lui parler. Le SWAT n’arrêtait pas de lui dire qu’ils allaient la mettre sur haut-parleur, mais ils n’ont jamais eu l’intention de le faire. Si vous connaissiez Paul, vous saviez combien il aimait ses enfants. Je ne doute pas qu’elle aurait pu le sortir de là vivant. Mais ce n’est pas une option pour le SWAT. Ils ne font pas sortir les gens vivants. J’ai dédié mon deuxième roman, Cry Father [Gallmeister, 2015], à ses enfants, et je rencontre la fille de Paul le mois prochain dans le sud de l’Ohio pour lui raconter quelques bonnes histoires sur son père, parce qu’elle se souvient de peu de chose.

Ce qui veut juste dire que je suis partial. Et non, cet aspect du travail policier n’est jamais montré. La seule exception étant lorsque les membres du SWAT ou autres forces de l’ordre sont décrits comme des hommes providentiels. Pas cent agents armés assassinant un homme ivre et malade mental.

“Aux Etats-Unis, les policiers sont des agents de violence dirigés contre la classe ouvrière et les pauvres”

Les policiers sont des agents de violence. Voilà ce qu’ils sont. Et ne vous méprenez pas, je ne suis pas pacifiste : la violence est parfois nécessaire. Mais aux Etats-Unis, les policiers sont des agents de violence dirigés contre la classe ouvrière et les pauvres. Ce n’est même pas seulement qu’ils vous brutalisent ou vous tuent sur un coup de tête – ce qu’ils font –, c’est quelque chose qu’on voit dans leurs interactions quotidiennes. Si vous êtes de la classe ouvrière ou défavorisée, vous n’avez presque jamais d’interaction positive avec la police. Quand vous voyez la police, vous rétrécissez toujours, parce que vous savez qu’ils sont là pour prendre votre liberté ou votre argent.

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