BeReal, l’Instagram de la vie moche

Une capture d’écran BeReal.

Tout compte fait, on passe assez peu de temps devant des piscines ou à faire du pain au levain. Dans la vraie vie, les portes de placard restent à moitié ouvertes, les lits sont rarement faits, les bouquets de fleurs rares. De gros paquets de nœuds de câbles d’alimentation et de chargeurs s’entassent dans le salon, on mange des croquettes de poisson surgelées plutôt que des poke bowls et sur le canapé devant la télé plutôt que sur une table en bois brut. Surtout, l’essentiel des journées semble se dérouler assis ou allongé en face d’écrans.

C’est cette vie-là, la vie moche et quotidienne, que documentent les utilisateurs de BeReal, l’appli qui, une fois par jour, demande à ses utilisateurs de partager une photo de là où ils se trouvent dans les deux minutes qui suivent. La photo est bien sûr sans filtre. Autre limite à la mise en scène de soi, l’appli poste les deux côtés de la prise de vue : autrement dit ce que l’on voit et la personne derrière l’objectif. A regarder le résultat, on mesure le temps que l’on passe dans les transports, à faire la vaisselle ou les courses chez Picard. Ce qu’on croyait être les interstices de la vie en forment finalement l’essentiel.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « C’est pas parce que j’ai 58 ans que je peux pas employer le mot “kiffer” » : ces parents qui veulent parler djeuns’

A quoi on les reconnaît

Les utilisateurs de BeReal sont jeunes, disons plus jeunes en tout cas que ceux de Facebook. Ils peuvent prendre leurs photos dans un couloir, un ascenseur, à condition qu’ils aient des lumières moches. Ils n’enlèvent pas leurs masques pour la photo. Parmi eux, des élèves qui photographient leurs profs en douce, des profs qui photographient leurs élèves en classe à leur insu. Leurs photos sont parfois prises au boulot : boulanger, boucher, militaire à la caserne, agriculteur sur son tracteur, mais heureusement rarement neurochirurgien en opération.

Lire aussi Instagram peut avoir des effets néfastes sur les adolescents, selon une étude menée par Facebook

Comment ils parlent

Ils prononcent « biril » et pas bi-ri-ol. « Ajoute-moi sur BeReal. » « Mes BeReal, c’est la moitié moi en train de bosser, l’autre moitié moi qui me brosse les dents. » « Quand je travaille, je n’ose pas prendre des photos de mon entourage. » « C’est ma stagiaire qui m’en a parlé. Elle a deux ans de moins que moi. » « Les écrans, c’est chiant en photo, mais on passe nos vies dessus. » « Je ne sais pas comment ils décident de l’envoi des notifications, mais, quand je les reçois, je ne suis jamais à une expo, à une fête ou dans un resto type Fooding. » « J’ai peu de souvenirs d’avoir reçu la notification à un moment où je faisais quelque chose d’intéressant. » « Ça montre bien mon absence de vie sociale. » « Sur Instagram, n’importe qui peut voir ce qu’on poste, genre la mère d’une copine. BeReal c’est plus intime. » « Avec des amis proches, c’est bien de savoir qui fait quoi plutôt que les réseaux sociaux carnets d’adresses qui sont un peu fake. »

Il vous reste 19.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.