« Best Worst Thing That Ever Could Have Happened », sur Netflix : autopsie d’un flop à Broadway

L’équipe de « Merrily We Roll Along », dans les coulisses de l’Alvin Theater, à New York, le 17 novembre 1981.

NETFLIX – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

A la fin des années 1970, Stephen Sondheim (né en 1930) est au faîte de sa gloire : selon Frank Rich, ancien journaliste au New York Times, le parolier de West Side Story (1957), qui allait par la suite s’imposer aussi comme compositeur, est « le plus important représentant de la comédie musicale entre la fin de l’âge d’or [fin des années 1950] du genre et sa période moderne ».

Sondheim est en effet l’auteur et compositeur d’ouvrages essentiels et inventifs, tantôt métrosexuels (Company, 1971), raffinés et nostalgiques (Follies, 1971, A Little Night Music, 1973), presque expérimentaux (Pacific Overtures, 1976) ou proches de l’opéra (Sweeney Todd, 1979, porté à l’écran par Tim Burton, en 2007). Certaines chansons de ces musicals, aux textes sophistiqués, sont devenues des hits – comme l’inusable Send in the Clowns , enregistrées notamment par Frank Sinatra, Barbra Streisand, Judy Collins ou Sarah Vaughan, etc.

Après la création de Sweeney Todd, Sondheim est victime d’une crise cardiaque, dont il se remet avec l’idée de se réinventer. Avec son complice de toujours, Harold Prince, légendaire producteur et metteur en scène (Un violon sur le toit, 1964, Cabaret, 1966, Evita, 1979, etc.), il décide d’adapter une pièce de 1934, Merrily We Roll Along, de George S. Kaufman et Moss Hart.

Celle-ci raconte, à rebours, l’histoire d’un trio d’amis au fil de leur évolution personnelle et professionnelle. Prince, Sondheim et le librettiste George Furth la transposent à une époque plus récente (de 1957 à 1976) et la destinent à une distribution de jeunes acteurs, de 16 à 25 ans, pour beaucoup encore amateurs.

Les trois personnages principaux, à l’origine dramaturge, peintre et romancière, deviennent compositeur, parolier et critique. Tout le monde est persuadé de faire partie d’une aventure promise au succès. La chaîne ABC dépêche même une équipe pour tourner un documentaire sur la préparation du spectacle.

Valeur historique essentielle

Mais Merrily We Roll Along (1981) est un échec cuisant. Chaque soir, une partie des spectateurs des previews (ces représentations ouvertes au public mais fermées à la presse) quitte la salle et la rumeur n’est pas bonne. Un article du New York Times donne le coup de grâce et le spectacle ferme après seize représentations seulement.

C’est l’histoire de ce flop retentissant que raconte le documentaire Best Worst Thing That Ever Could Have Happened (« la meilleure pire chose qui pouvait se produire »). Il est tourné par Lonny Price, le créateur d’un des trois rôles principaux de Merrily We Roll Along, qui a ensuite abandonné sa carrière d’acteur-chanteur pour devenir metteur en scène.

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