« Brique par brique, l’Italie dresse une “petite muraille” face aux investissements chinois »

Le premier ministre italien, Mario Draghi, à Porto, le 8 mai 2021, pour le Sommet social européen organisé par la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne.

Moins ouverte à la Chine, résolument ancrée dans l’Europe et clairement atlantiste : depuis la nomination de Mario Draghi, en février, l’Italie se montre plus vigilante qu’auparavant sur les investissements chinois dans ses entreprises. Par deux fois en quelques semaines, le président du conseil a opposé son veto au rachat de deux entreprises, en utilisant un arsenal oublié depuis longtemps de l’autre côté des Alpes. Brique par brique, la Péninsule édifie une « petite muraille » pour contenir l’insatiable appétit de Pékin.

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Fin mars, M. Draghi a bloqué l’acquisition de 70 % de LPE Spa, un fabricant milanais de composants pour l’industrie des semi-conducteurs, par le groupe semi-étatique Shenzhen Investment Holdings. En pleine pénurie mondiale de puces électroniques, il a jugé cet actif « stratégique ». Au même moment, selon Bloomberg, il pressait John Elkann, patron de la holding de la famille Agnelli, Exor, de ne pas céder au constructeur automobile chinois FAW les camions et les bus d’Iveco, filiale de l’italo-américain CNH Industrial, dont Exor détient 27 %. Au nom, là encore, de « l’intérêt stratégique national ».

Et si c’était désormais Rome qui donnait des leçons de souveraineté industrielle au reste de l’Europe ? Il n’en a pas toujours été ainsi. Ces deux refus sont un camouflet pour l’empire du Milieu autant que le signe d’un changement de pied, également illustré par la décision de Vodafone Italia d’imposer des conditions sévères à Huawei pour le déploiement de la 5G. Même s’il ne se classe qu’au troisième rang pour les investissements chinois en Europe, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, le pays s’est montré très perméable en raison de la faiblesse de son capitalisme.

Pas question de couper les ponts

Au cours de la dernière décennie, des fleurons sont passés sous pavillon chinois : le constructeur de yachts Ferretti, le fabricant de pneus Pirelli, l’équipementier Ansaldo Energia… Le Comité parlementaire pour la sécurité de la République a relevé que 405 entreprises chinoises détiennent des participations dans 760 sociétés italiennes « dans des secteurs très rentables ou stratégiques ». Plus symbolique, le premier gouvernement Conte, formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (populiste), avait intégré l’Italie dans les « nouvelles routes de la soie » chinoises en 2019.

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Rome s’était alors attiré les critiques du G7 et de plusieurs pays membres de l’Union européenne, inquiets de voir des infrastructures et des technologies sensibles passer sous le contrôle de Pékin. Revenant à l’ancrage historique de l’Italie, « européen et atlantiste », M. Draghi imprime par petites touches une politique de containment partagée par Berlin et Paris, mais aussi Washington. Dans le dossier Iveco, la France a travaillé avec l’Italie, puisque Heuliez Bus, filiale de CNH Industrial, était concerné.

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