« Bugaled Breizh » : « Ce dernier procès n’est pas l’ultime chance de la vérité, il est celle de la justice »

Tribune. Le 15 janvier 2004, le Bugaled Breizh, un chalutier breton de 24 mètres, sombrait aux larges des côtes britanniques en quelques minutes, alors que le jour même se tenait, dans la zone du naufrage, un exercice anti-sous-marin de l’OTAN. Le 4 octobre, dix-sept ans après les faits, s’ouvrira, à Londres, le dernier procès visant à faire la lumière sur les circonstances de la tragédie qui coûta la vie aux cinq marins du bateau de pêche. Seul Emmanuel Macron, en sa qualité de président de la République française, a le pouvoir de rendre publics les documents de l’OTAN, en l’état couverts par le secret-défense, sur cet exercice pour dire quel sous-marin se trouvait à proximité du Bugaled Breizh.

En France, la justice aura été incapable de conclure, faute de preuves. Sans une intervention de l’Etat français, la justice anglaise risque d’arriver à la même conclusion. D’un côté, les experts judiciaires, qu’ils soient civils ou anciens militaires, confirment dans leur majorité qu’un sous-marin, sans pouvoir dire lequel, a tiré les câbles du filet de pêche. De l’autre, le Bureau d’enquêtes sur les événements de mer (BEA Mer), une agence gouvernementale, défend une autre thèse : l’un des câbles du bateau se serait enfoui dans le sable, entraînant la perte du navire.

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Cette hypothèse, dite de la « croche molle », n’était pourtant pas celle privilégiée par le gouvernement français dans les semaines et les mois qui ont suivi la tragédie. Fort d’une vidéo de l’épave au fond de l’océan, celui-ci accusa un cargo voyou d’être entré en collision avec le Bugaled Breizh et d’avoir pris la fuite. Des enquêteurs partirent jusqu’en Chine pour retrouver ce chauffard des mers. La piste fut abandonnée, parce que vouée à l’échec : une fois renflouée, il fut constaté que la coque du Bugaled Breizh était quasiment intacte, contrairement à ses parties immergées qui avaient implosé. La vidéo du gouvernement montrait pourtant clairement cette coque indemne. Un cargo porte-conteneurs de 400 mètres de long et 60 mètres de large aurait-il laissé la coque d’un chalutier de 24 mètres intacte ? La piste s’avérait-elle être un leurre ?

Chemin de croix

La justice française s’est escrimée à faire la lumière sur les circonstances du naufrage, mais n’a pu que récolter les miettes soigneusement laissées par les différents gouvernements. Entre les bandes enregistreuses arrêtées le jour du drame, les carnets de bord disparus plusieurs années puis retrouvés, et le refus net de coopérer, notamment de la marine hollandaise alors qu’un de ses sous-marins a été vu par les équipes de sauvetage dans la zone du naufrage, l’enquête aura été un chemin de croix pour les juges d’instruction.

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