« Ça palpite d’une vie qui n’est plus » : l’art du vivant de la plasticienne Mimosa Echard

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Publié aujourd’hui à 17h00

L’artiste Mimosa Echard dans son atelier, à Nogent-sur-Marne, le 5 juillet.

Dans un certain milieu, l’art contemporain est un art de vivre, une détente après une séance de Pilates, une distinction sociale équivalente au sac monogrammé que l’on balade à son bras. L’exposition de l’artiste Mimosa Echard, à la Collection Lambert, en Avignon, ne s’adresse pas à ce public-là. Tableaux décentrés des murs, objets posés par terre ou sur le rebord des fenêtres : tout est fait pour désaxer notre regard. La Cévenole aux mèches oxygénées bouscule l’espace du musée, s’inspirant, dit-elle, d’une limace recouvrant le monde de sa bave.

Ici, des images tirées du docu-soap Les Real Housewives de Beverly Hills disparaissent sous les lavis d’acrylique nacré et le voile d’organza. Là, des restes d’activité humaine semblent pétrifiés par une éruption volcanique. Ampoule de magnésium vitrifiée, céréales fossilisées, perles engluées dans la résine. On devine même le moulage d’un vibromasseur piégé dans un fond d’émail. Quant au tableau qui clôture le parcours, c’est un vrai bain de sang et de couleurs ecchymose, obtenues par du jus de mûre et des graines de gardénia. « Ça palpite d’une vie qui n’est plus », confie l’artiste, d’une voix douce qui contredit la violence gore de ce bouquet final.

Les contraires l’attirent

Il y a en Mimosa Echard, 35 ans, de l’alchimiste et de la biologiste, voire de la sorcière, brassant dans sa marmite graines et fanfreluches, plantes et colifichets. Pour questionner les normes féminines, cette glaneuse de petits riens allie les contraires : calmants et excitants, pilules contraceptives et plantes dopant la fertilité, cire dépilatoire et gélules de croissance capillaire. Avec l’ambition presque prométhéenne de « tenir à la fois l’ordre et le chaos », le domestique et le ­sauvage, la culture et la nature.

Aussi loin que l’artiste s’en souvienne, le vivant l’a toujours intéressée, comme les savoirs vernaculaires et la pharmacopée des plantes. Elevée au sein d’une communauté hippie dans les Cévennes, Mimosa Echard a de qui tenir. Sa mère créait des boutures à partir des poupées de ses filles, laissant toutes sortes d’objets moisir et décrépir en extérieur. Aujourd’hui encore, l’artiste se reconnaît dans les gestes maternels, comme dans le biotope de la communauté. « Mon village, explique-t-elle, c’est ma matrice, là où j’ai du désir. » Là où elle filme ses nièces ou collecte les végétaux qu’elle absorbe dans ses œuvres.

Inscrite en 2006 aux Arts déco, Mimosa Echard se laisse d’abord happer par la céramique et la sensualité de la matière. La discipline était alors en disgrâce, le four de l’école inutilisé. Dans l’atelier de fresque délaissé, elle crée sa petite cuisine. Dès la sortie de l’école, elle expose au Salon de Montrouge, puis aux Galeries Lafayette, avant d’être nommée au Prix Meurice.

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