Calais, le petit port qui se rêve grand d’Europe

Par Laurie Moniez

Publié aujourd’hui à 05h40

Jeudi 9 septembre, plus de 400 invités étaient attendus à Calais (Pas-de-Calais) pour inaugurer le plus grand chantier portuaire d’Europe de ce XXIe siècle. Pas moins de 863 millions d’euros, dont 270 millions d’euros de financement public, ont été engagés pour faire changer de dimension le premier port européen pour les passagers et quatrième port français de marchandises – et concurrent direct d’Eurotunnel, qui exploite le même marché – sur l’un des détroits maritimes les plus fréquentés et actifs au monde.

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En attendant la mise en service de la nouvelle infrastructure, début octobre, le concessionnaire des ports de Calais et Boulogne-sur-Mer, Jean-Marc Puissesseau, profite du promontoire aménagé le long de la nouvelle digue de 3,2 kilomètres construite sur la mer. « C’est ici que les ornithologues viennent surveiller les migrations des oiseaux, explique le PDG de la Société d’exploitation des ports du détroit, le nez au vent. Le 17 août, ils ont observé 3 167 oiseaux d’une multitude d’espèces différentes. » Le regard tourné vers les côtes anglaises, l’homme pointe du doigt l’aire de quiétude aménagée pour les volatiles et un banc de sable isolé où des colonies de phoques viennent parfois se reposer. Pourtant, l’heure n’est pas à l’écologie, mais bien à l’économie.

Jean-Marc Puissesseau, PDG de la Société d’exploitation des ports du détroit, sur la digue du nouveau port de Calais (Pas-de-Calais), le 1er septembre 2021.

Equipements évolutifs

Imaginé dès 2003 par Jean-Marc Puissesseau, ex-président de la chambre de commerce et d’industrie de Calais, alors concessionnaire du port, ce chantier de six ans s’est achevé en mai. « C’est dix-huit ans de ma vie, confie, à 81 ans, l’énergique dirigeant. Sans la régionalisation des ports maritimes en 2008, je doute que nous aurions pu réaliser cette infrastructure. » Suivi par le président de région de l’époque, Daniel Percheron (PS), l’entrepreneur rêve enfin de voir Calais passer de « grand petit port » à « grand port européen ».

La structure, réalisée à partir des matériaux des carrières du Boulonnais, a été recouverte de 17 000 hexapodes (blocs en forme de X), conçus pour résister à la montée des eaux

Si le début des années 2000 a vu le trafic passager décliner, l’intensification du fret laisse entrevoir de belles perspectives. A Calais, on imagine alors notamment le développement du trafic de remorques non accompagnées via des autoroutes ferroviaires, mais aussi de nouvelles liaisons maritimes associées à de nouvelles connexions ferroviaires. Le port veut également se préparer aux futures générations de ferrys de plus de 220 mètres de long, qui requièrent des quais d’accostage allongés et dont les manœuvres nécessitent des bassins plus larges.

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