« Candyman » : la question noire dans les miroirs de l’horreur

Anthony McCoy (Yahya Abdul-Mateen II) dans « Candyman », de Nia DaCosta.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Au cinéma, les genres horrifique et fantastique ont, à juste titre, été considérés comme des représentations symboliques de ce que l’on appelle le retour du refoulé, au sens psychologique certes, mais aussi, plus largement, dans un sens historique. L’épouvante est souvent suscitée par l’apparition, sous une forme monstrueuse, de ce que la société, parfois pour assurer sa propre survie, a tenté de nier ou de faire disparaître.

Rappels vengeurs d’une culpabilité ancienne ou toujours contemporaine, les mythologies du cinéma d’horreur interrogent un présent avec une radicalité et une brutalité que d’autres rhétoriques filmiques se contentent d’effleurer, voire tentent d’éviter.

En 1992, le scénariste et cinéaste Bernard Rose adaptait une nouvelle de Clive Barker, The Forbidden (publiée en français sous le titre Prison de chair, en 1991, chez Albin Michel), et enrichissait ainsi la galerie des monstres du cinéma de terreur d’une figure toute singulière. Son Candyman décrivait le parcours d’une étudiante en anthropologie, incarnée par Virginia Madsen, se consacrant à des recherches sur une légende urbaine née à Cabrini-Green, un des ghettos noirs de Chicago.

Une incantation particulière (prononcer cinq fois le mot « Candyman » devant son miroir) faisait resurgir une créature infernale, un homme au visage défiguré par de multiples piqûres d’abeille, un crochet à la place de la main droite, qui commettait une série de meurtres horrifiques.

Signification politique

Le film de Bernard Rose articulait deux éléments, dont l’apparition monstrueuse se nourrissait : l’un psychologique, celui d’une jalousie féminine débouchant sur la psychose ; l’autre, historique, le rappel du martyre d’un jeune homme noir torturé et mis à mort pour avoir séduit, en 1890, une femme blanche.

Trente ans plus tard, le producteur et réalisateur Jordan Peele, célèbre pour ses films où l’épouvante prend une signification politique (Get Out, en 2017, et Us,en 2019), s’attaque, non pas à une nouvelle version du film de 1992, mais à une suite, dont il confie la réalisation à Nia DaCosta, jeune cinéaste découverte en 2018, avec le thriller dramatique Little Woods.

Candyman cru 2021, avatar réussi du film d’horreur « à sujet », réinterroge habilement le mythe d’origine à la lumière de l’évolution, notamment urbaine et sociale, de la société américaine. Ainsi, plutôt que de répéter l’œuvre d’origine, le film en complexifie et en actualise les enjeux en les prolongeant.

A la scientifique blanche succède un jeune artiste peintre noir, Anthony McCoy (Yahya Abdul-Mateen II), installé dans le quartier rénové de Cabrini-Green, devenu un lieu de résidence bourgeois, et entouré d’un groupe d’individus (sa petite amie, Brianna, jouée par Teyonah Parris, directrice d’une galerie d’art, le frère de celle-ci, une critique). A court d’inspiration, McCoy rencontre, un soir, le gérant d’une laverie automatique de son quartier, qui lui expose la légende de Candyman.

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