Cannes 2021 : Aïssatou Diallo Sagna, de l’hôpital au plateau de cinéma

L’aide-soignante et actrice Aïssatou Diallo Sagna, le 9 juillet 2021, sur la terrasse Albane de l’hôtel JW Marriott à Cannes.

Tiens, un nouveau visage du cinéma français se dit-on, en découvrant le film de Catherine Corsini, La Fracture, en compétition à Cannes. Une jeune femme noire, grande et forte, qui répond au nom d’Aïssatou Diallo Sagna et interprète Kim, l’infirmière omniprésente au service des urgences, dans un hôpital parisien. Lors d’une nuit explosive, où affluent des « gilets jaunes » après une manif, elle « déborde » et classe les patients avec un bracelet de couleur, selon leur état de gravité : voici un manifestant, chauffeur routier, qui s’est pris un tir de flashball (Pio Marmaï), ou encore cette dessinatrice de bande dessinée (Valeria Bruni Tedeschi), tombée bêtement dans la rue après s’être disputée avec sa compagne éditrice (Marina Foïs).

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Dans la vie, Aïssatou Diallo Sagna est aide-soignante. On la rencontre, vendredi 9 juillet, quelques heures avant la montée des marches. Quarante-huit heures auparavant, elle était en poste, aux urgences de l’hôpital des Peupliers, dans le 13e arrondissement de Paris. C’est son premier rôle, son premier Festival de Cannes… « Je suis descendue de l’avion, j’ai pris un taxi On m’a dit : “Vite, tu montes te changer, tu as des interviews”… » Sans transition, la voici sur le toit-terrasse de l’hôtel Marriott, à choisir une boisson dans un seau à glace pendant que l’on appuie sur le bouton d’enregistrement.

On ne l’imaginerait pas, vu la jeunesse de ses traits, mais cela fait vingt ans qu’elle travaille à l’hôpital. Elle a 38 ans, mariée, trois enfants, vit « dans le 93 », en Seine-Saint-Denis, et ne se plaint pas de son métier fatigant. « Je crois que je suis tombée amoureuse des urgences. On est tous ensemble, tout le monde se tutoie, on s’apporte beaucoup les uns les autres. On est plus que des collègues, on vit des choses, on est liés. » Pourtant, la situation se dégrade. « Il y a le manque de moyens, mais aussi l’agressivité des gens. Ils pensent que tout leur est dû. Ils nous disent “on cotise pour l’hôpital”… Il y a aussi la lumière des néons, le bruit, les sonnettes… Des fois, je suis à la maison et j’ai l’impression que j’entends une sonnette. » Avant le tournage, elle travaillait à l’hôpital Saint-Joseph, à Paris (14e), avec un rythme dense. « Je commençais à développer des problèmes de dos Aux Peupliers, j’ai d’autres types de patients, il y a moins d’attente pour la prise en charge. » Elle est vaccinée contre le Covid mais s’empresse d’ajouter : « Je ne suis pas pour obliger les soignants à le faire. »

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