Cannes 2021 : avec « Haut et fort », Nabil Ayouch signe un film bancal sur de jeunes rappeurs marocains

Nabil Ayouch, le 15 juillet 2021 à l’hôtel JW Marriott, à Cannes.

SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

Habitué du Festival de Cannes, le cinéaste et producteur marocain Nabil Ayouch, né en 1969, y a présenté Les Chevaux de Dieu (2012) à Un certain regard, une fiction inspirée des attentats de Casablanca en 2003, lesquels ont été perpétrés par des jeunes hommes issus de Sidi Moumen, en périphérie de Casablanca. Puis Nabil Ayouch avait créé le choc avec Much Loved (2015). Au moment de la présentation du film à la Quinzaine des réalisateurs, des dignitaires religieux marocains avaient proféré des menaces à l’endroit des actrices, qui incarnent des prostituées, et les autorités culturelles du Maroc avaient annoncé que jamais le film ne sortirait dans leur pays. La compétition ouvre les portes au réalisateur en cette 74e édition : Haut et fort (Casablanca Beats) est une tentative de raconter la jeunesse marocaine à travers le rap et les performances vocales dans un centre culturel situé à Sidi Moumen. Précisons que le cinéaste est à l’origine de la création de ce lieu, en 2014, dans le cadre d’une fondation qui vise à soutenir les jeunes des quartiers périphériques – Nabil Ayouch a ouvert d’autres centres culturels à Tanger, à Agadir, à Fès, etc.

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Haut et fort déploie un récit à mi-chemin entre la fiction et le documentaire : un ancien rappeur, Anas (Anas Basbousi), vient animer un atelier avec des garçons et des filles dans le centre de Sidi Moumen. L’objectif est de les accompagner dans l’écriture et l’expression orale, de les aider à dépasser leurs blocages et à trouver leurs propres limites. Qu’est-ce qui les anime dans le rap ? Jusqu’où peuvent-ils aller dans la dénonciation de la société, dans l’évocation de la religion ? Comment trouver les mots pour se débrider, etc. ? Autant de questions a priori passionnantes, sur le langage comme moyen d’émancipation. Pourtant, au lieu de creuser cet espace, le film, qui manque de structure, se contente de mettre en scène quelques prises de parole des uns et des autres. C’est parfois drôle, ou grave, mais l’ensemble est brouillon et ne livre rien de significatif sur le sujet. L’occasion de faire un grand film politique sur le Maroc, en s’attachant au langage du rap, est ratée.

Dynamique de groupe

Le personnage d’Anas, le professeur, est à la fois omniprésent et généreux, mais pas toujours lisible. Dans le premier tiers du film, il joue les durs, repeignant sa salle de classe sans demander l’autorisation à la directrice du centre, et rabrouant ses élèves lorsque ceux-ci lui présentent les textes qu’ils ont écrits. Sans doute Anas cherche-t-il à tester leur désir de faire du rap, et essaie-t-il de savoir ce que chacun et chacune a dans les tripes ? Pourquoi pas. Toujours est-il que le film ne nous aide pas à cerner sa psychologie. Sans que l’on comprenne réellement pourquoi, Anas se montre ensuite bienveillant et une dynamique de groupe s’installe. Il récupère du matériel, un projet de concert se met en place, etc.

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