Cannes 2021 : avec « Onoda », Arthur Harari filme l’épopée du soldat oublié

Le réalisateur Arthur Harari, le 7 juillet 2021, dans la galerie de l'hôtel Barrière-Le Gray d’Albion, à Cannes.

Peut-on par fidélité se ménager une sortie de l’histoire qui soit une façon de faire perdurer pour soi, dans un coin de sa tête et de son cœur, un destin du monde devenu impossible ? C’est la question vertigineuse et, en même temps, très intimement liée à l’expérience du spectateur de cinéma, a fortiori festivalier, que nous pose Onoda, le deuxième long-métrage d’Arthur Harari après Diamant noir (2016), venu s’offrir en splendide ouverture de la section Un certain regard, petite sœur de la compétition cannoise. Difficile de trouver dans les rangs bien remplis du contingent français un film ressemblant moins à la production hexagonale que celui-là, qui parle japonais et relate un épisode obscur et fascinant de la guerre du Pacifique.

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Le film se penche, en effet, sur le cas réel d’un soldat japonais, le lieutenant Hiroo Onoda, dépêché en 1944 sur une île des Philippines pour y mener une « guerre secrète », et qui, en l’absence de toute information ou contact avec l’extérieur, resta en formation de défense, d’abord avec son bataillon, puis peu à peu tout seul, et ce jusqu’en 1974, soit près de trente ans après la fin des hostilités. Histoire hallucinante et pourtant bien réelle du dernier soldat japonais à s’être jamais rendu, qui suscite mille rêves de fiction. Harari la filme avec assurance et pondération comme celle d’un contre-ordre qui, faute d’avoir été édicté à temps, n’arrivera qu’avec plusieurs décennies de retard.

Militaire fidèle, obéissant au protocole, Onoda rejoint le diamantaire joué par Nils Schneider dans Diamant noir dans la catégorie des « bons fils », attachés à une figure paternelle. Rien d’étonnant à ce que le film le soit aussi. « Mon père, confie le cinéaste, qui a beaucoup lu sur les navigateurs solitaires et savait que je voulais faire un film d’aventures, m’a parlé de ces nombreux soldats restés après la défaite sur des îles du Pacifique. C’est à partir de là que j’ai commencé des recherches. J’ai senti que je déterrais non pas un simple sujet, mais un rapport enfoui, très profond, à l’enfance : ce que sont pour moi les histoires et même le délire de la fiction. »

« Un vrai défi de production »

Comme les plus belles œuvres se délirent à deux, Onoda est un pari bicéphale entre Harari et le producteur Nicolas Anthomé qui le suit depuis ses courts-métrages, tournés entre 2005 et 2013. « Au moment où j’ai parlé de cette idée à Nicolas, explique-t-il sourire en coin, il n’avait encore produit aucun long-métrage de fiction. On était un peu hors sol ! Ça l’excitait de fabriquer une espèce de prototype impossible, de se lancer dans un vrai défi de production. Nicolas est aussi très inspiré par de grands exemples de producteurs étrangement oubliés aujourd’hui, comme Serge Silberman, Pierre Braunberger ou Anatole Dauman. De grands aventuriers eux aussi. »

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