Cannes 2021 : avec « Titane », Julia Ducournau nous enflamme

Alexia/Adrien (Agathe Rousselle) dans « Titane », de Julia Ducournau.

SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Montée de liquide brûlant. Montée d’adrénaline. Montée de lait. Avec Titane, Julia Decournau signe un film de genre et transgenre en trois tableaux, que son personnage de guerrière mutante, Alexia/Adrien (Agathe Rousselle), traverse comme l’on fuit les flammes de l’incendie, pour sauver sa peau, du moins ce qui reste d’une vie fracassée depuis l’enfance. En compétition à Cannes, ce deuxième long-métrage, qui sort en salle mercredi 14 juillet, confirme l’immense talent de la réalisatrice, née en 1983, après le choc suscité par son premier « long », Grave, sur une étudiante en médecine (Garance Marillier) tentée par l’anthropophagie. Julia Ducournau travaille à nouveau la question de la chair, dans une autre perspective, plus philosophique, connectée aux mutations du corps et à la filiation.

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Après un violent accident de voiture avec son père (Bertrand Bonello), Alexia survit grâce à une prothèse incrustée au-dessus de l’oreille, contenant du titane – un métal résistant aux hautes températures. On découvre cette beauté androgyne dans un salon de l’automobile à l’atmosphère lynchienne, où le fantasme sexuel bat son plein – bien avant l’ère #metoo, une publicité pour une voiture n’avait-elle pas osé ce slogan, « Il a la voiture, il aura la femme » ? Voici donc un capot lavé avec soin par une paire de seins mousseux et, quelques berlines plus loin, Agathe en résille déclarant sa flamme à une Buick, la caméra au plus près de ses reins.

Ne hurlons pas trop vite, Julia Decournau pousse les clichés à l’extrême pour les dégonfler aussitôt

Ne hurlons pas trop vite, Julia Decournau pousse les clichés à l’extrême – on pense aux filles « bien carrossées » – pour les dégonfler aussitôt. Il n’y a pas d’un côté les victimes, de l’autre les profiteurs. La performance érotique est un travail et les filles ne sont pas pour autant des proies faciles. Alexia liquide un « client » qui s’approche un peu trop. Love is A Dog from Hell (« l’amour est un chien venu de l’enfer »), est-il tatoué sur sa poitrine.

Son truc à Alexia, c’est la voiture. Attachez vos ceintures, dans Titane, ces accessoires peu glamour retrouvent du sex-appeal. Le premier meurtre en déclenche de nouveaux, les tueries deviennent joyeuses et sauvages comme dans le bouquet final de Parasite (2019), de Bong Joon-ho. Recherchée par la police, Alexia s’enfuit et se métamorphose en garçon, remodelant son visage comme un sculpteur le ferait à coups de burin… En le voyant, Vincent (Vincent Lindon), pompier de profession, pense avoir retrouvé son fils disparu il y a dix ans, et Alexia devient Adrien.

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