Cannes 2021 : « Benedetta », Paul Verhoeven en son couvent diabolique

Le nonce (Lambert Wilson) et Benedetta (Virginie Efira) dans « Benedetta », de Paul Verhoeven.

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De même qu’une manière de coquetterie critique atténue la niaiserie de certains films, il existe une inclination à abêtir les œuvres qui mettent en jeu la complexité des choses humaines. Réduit à la violence et au sexe qui nourrissent son œuvre, Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall, Showgirls, Elle…) en fait parfois les frais. Aimant, il est vrai, à jouer avec le feu, il ne cesse de travailler à nous rendre plus intelligents, en nous invitant – y compris depuis Hollywood où il mena la sédition jusqu’au bout de ce qui était possible – à ne pas attendre du cinéma que des réponses toutes faites et des émotions pavloviennes.

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Nouvelle preuve avec ce merveilleux film – joueur, inspiré, provocateur – qu’est Benedetta. Produit par Saïd Ben Saïd qui poursuit, après Elle (2016), une collaboration étincelante avec le réalisateur, en l’arrimant à la production française, le film est adapté de l’ouvrage Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne (Gallimard, 1987) de l’historienne américaine Judith C. Brown, spécialiste de la Renaissance italienne et de l’histoire de la sexualité, qui mit au jour les minutes rarissimes du procès en saphisme d’une nonne et en relata les circonstances dans cet ouvrage.

L’action se déroule donc à Pescia, en Toscane, au XVIIe siècle, pour l’essentiel dans un couvent. Confiée aux soins de la mère supérieure (Charlotte Rampling) à l’âge de 9 ans, la jeune Benedetta Carlini, déjà connue pour ses visions supraterrestres, y devient une belle jeune femme (Virginie Efira), proie simultanée d’une possession conjugale par son seigneur Jésus-Christ et d’un débondage sexuel qui la conduit à cultiver une relation dévorante avec une jeune sœur.

Au regard des prodiges qu’elle accomplit, Benedetta supplante bientôt l’abbesse – religieuse entièrement soumise à la hiérarchie politique de l’Eglise –, laquelle, aiguillonnée par sa fille Christina (Louise Chevillotte), la soupçonne depuis toujours de simulacre. Tandis que Benedetta multiplie les signes visibles de son élection christique et vit clandestinement avec son amante des moments d’exultation charnelle de haute intensité, une terrible épidémie de peste ravage la Toscane.

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Débarque alors dans le couvent le nonce (Lambert Wilson, impitoyablement arraché à la grâce du film Des hommes et des dieux (2010), de Xavier Beauvois), être cauteleux armé de la toute-puissance de l’Eglise comme corps constitué, qui entend bien la convaincre de simulacre et de saphisme et, faute d’obtenir ses aveux et sa contrition, la faire brûler vive. Touché par la maladie, il ne fait qu’apporter la contamination bubonique et la macération de l’esprit et de la chair dans une cité jusqu’alors saine et sauve, car confinée par Benedetta sur ordre de son Seigneur.

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